Quartier : Bonnefoy
- Dorian Lacour
- 2 avr.
- 4 min de lecture

Le quartier de Bonnefoy n’a plus grand-chose à voir avec le faubourg cheminot qu’il était avant. Depuis une vingtaine d’années, de profondes mutations en ont fait un épicentre culturel à Toulouse, au prix d’une gentrification certaine.
C’est où ?
À deux pas du centre de Toulouseet de la gare Matabiau, le quartier encore souvent appelé faubourg Bonnefoy est délimité par Borderouge au nord et Marengo au sud. D’est en ouest, il est encadré par les Minimes et la Roseraie.

Ils ont mis le bar très haut
« On ne sortait jamais dans le quartier, moi le premier. » Pour changer la donne, Yannick Briane, résidant à Bonnefoy depuis 23 ans, a ouvert le bar Le Poinçonneur en 2020. Si la mixité sociale du quartier devait se symboliser en un lieu, ce serait ici. Le matin, les parents d’élèves défilent pour boire un café.À midi, des ouvriers viennent profiter de repas à bas prix.Le soir, au gré des concerts et des expositions, une population étudiante peuple le bar. Les cafés et repas suspendus attirent des personnes en situation de grande précarité, souvent laissées à l’écart des lieux festifs. « Les gens jouent le jeu, on n’est jamais à court de tickets », se réjouit le tenancier.

Ce n’est qu’un au revoir
Un monument tire sa révérence.Le Lieu-Commun, espace d’exposition et de création d’art contemporain installé dans le faubourg depuis 2007, fermera ses portes à la fin de l’année. Au-delà des arts, c’est « un endroit social et humain, où se rencontrent ceux qui viennent dans les galeries d’art… et les autres » retient Estelle Giron, membre de l’équipe. Avant la fin, la structure organise plusieurs temps forts : une kyrielle de rendez-vous, à compter du 2 avril, dans le cadre du F.L.I.R.T. #3, un programme dans lequel des étudiants en arts ont pensé « le lieu culturel idéal du 21e siècle » ; deux expositions, pendant le Nouveau Printemps (29 mai au 28 juin) ; et à la mi-octobre, quinze jours de célébration, pour « rendre à Bonnefoy ce que Bonnefoy nous a donné », sourit le cofondateur Manuel Pomar.

Les as du re-selles
Les Cycles-Re s’inscrivent dans la prise de conscience écologique du faubourg. L’association, implantée aux Herbes Folles, récupère des vélos usagés et en construit de nouveaux, sur mesure. Des personnes éloignées de l’emploi bénéficient du chantier d’insertion, qui dispense des cours de français et de mathématiques afin de leur permettre d’intégrer des formations. Forte de « 80 % de sortie positive », selon son fondateur Florent Motte, l’asso se diversifie. En plus des vélos, et des « bicyclettes » à prix plus abordable, une partie de l’équipe planche désormais sur les racks. Les carnets de commandes sont déjà remplis.

Mini théâtre à prix mini
Un peu à l’écart de l’agitation du faubourg, dans la rue el Alamein, le Théâtre de Poche est un bel exemple du bouillonnement culturel du quartier. Une quinzaine de bénévoles s’y affaire, de septembre à août, offrant une programmation très variée.« Du théâtre social et engagé, mais aussi de la comédie, du chant, des lectures, du slam, de l’impro… », liste Christophe Blanchet, codirecteur. Argument de poids : le Théâtre de Poche est l’un des moins chers de Toulouse, avec des tarifs allant de 10 à 16 €.

MiniFundi, le café in
Le torréfacteur et coffee shop MiniFundi s’est installé rue du Faubourg-Bonnefoy il y a cinq ans « un peu par hasard », assure Hugo Mateu, le gérant. Les cafés sont importés du monde entier (Burundi, Éthiopie, Guatemala, Brésil…) « en fonction de la saisonnalité et des profils aromatiques ». Une attention toute particulière est portée à la chaîne d’approvisionnement, le café étant souvent produit dans des conditions proches de l’esclavage moderne. MiniFundi cherche à tout prix à éviter cela. Pour ce faire, le torréfacteur privilégié des « cafés décorrélés du marché ». Autrement dit, dont les prix ne sont pas indexés sur la bourse. Et dont les saveurs sont à tomber.

Faire école
Dissocier les arts de l’apprentissage frôle l’impossible. C’est ce rôle que remplit L’imagerie, école et galerie d’art de la rue Arago. Avec 340 élèves, âgés entre 16 et 90 ans, l’école prouve qu’on « peut faire technique sans être excluant », selon son fondateur Jean-Philippe Escafre. Conscient du côté snob que peuvent revêtir les arts graphiques, l’artiste installé dans le quartier depuis 2007 brise les barrières avec sa galerie « accessible à tous et gratuite ».
6 questions À Souhayla Marty, maire du quartier Bonnefoy

Comment décririez-vous le quartier ?
C’est un quartier populaire, aux abords de la gare. Il y a une mixité sociale historique, qui existe toujours, par un subtil mélange entre le pavillonnaire, le petit immeuble de quartier et les grosses copropriétés construites après la guerre.
Quels sont ses points forts ?
Son tissu commercial, très densifié et dynamique. Son tissu artistique, autour du centre culturel, qui existe et qui perdure. Enfin, la présence de parcs de proximité, Michelet dans le bas et le Jardin des Hauts de Bonnefoy dans le haut.
Un lieu ?
Le parc Michelet où l’on croise toutes les générations, et même des gens qui patientent entre deux trains. L’été, quand la fontaine est en marche, avec tous les enfants qui viennent se rafraîchir, ça respire la vie.
Votre petit plaisir dans le quartier ?
Quand je vais faire mon footing le matin très tôt, que le quartier se réveille doucement. C’est plus facile de passer incognito, quand on habite le quartier dont on est maire, vers 6h.
Un moment de la journée ?
Le matin, même si j’adore aussi la bière du soir.
Quelque chose à améliorer ?
Sur la partie sécurisation des flux et cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes, on a un peu de travail.
Un projet pour l’avenir ?
Le projet du jardin Lapujade, lancé en novembre, sera livré à la fin du premier semestre 2026. Ensuite, les Herbes Folles, des habitats participatifs autour de sites d’économie sociale et solidaire. Et bien évidemment la troisième ligne de métro.



