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Toulouse est manga

Dernière mise à jour : 4 janv.

Illustration : Alexandra Pourcellié


Le MEETT accueille ce mois-ci le traditionnel Toulouse Game Show, le deuxième plus grand salon manga et animés de France. L’évènement n’est que la partie émergée du phénomène à Toulouse, où l’on trouve la plus grande librairie manga d’Europe, et la plus prestigieuse des écoles de mangakas du pays. À tel point que les spécialistes du secteur prédisent que la Ville rose sera bientôt au manga ce qu’Angoulême est à la BD. 


Illustration : Alexandra Pourcellié


Ce n’est ni carnaval, ni Halloween, et pourtant ce matin dans le métro ceux qui ne portent pas de perruques se font remarquer. Les portes s’ouvrent. Une vague de jeunes filles en Nobara Kugisaki de Jujutsu Kaisen, Ohchaco de My Hero Academia et Misa de Death Note déferle dans la rame, suivie par une horde de Pikachu. L’arrêt suivant, un Naruto et un Sangoku embarquent en direction du MEET. Ce n’est pas un rêve, mais le premier jour du Toulouse Game Show qui se tient chaque année en novembre depuis 2007. Son fondateur, Frédéric Deveze, ancien gérant d’une boutique de jeux vidéo, voulait rassembler les geeks et les fans de pop-culture dans une convention à la parisienne : « On trouvait dommage d’avoir à monter à Paris. » Si les premières éditions sont majoritairement consacrées aux jeux vidéo, très vite, la demande sur la partie manga se fait plus forte.

Cette année, le salon accueille une exposition One Piece, une autre consacrée au Club Dorothée, et des invités tel Mamoru Yokota, illustrateur et producteur japonais, artisan des séries Death Note et Naruto. De 11 000 visiteurs en 2007, le TGS est passé en 2022 à près de 140 000, un score qui le hisse à la deuxième place des événements français de ce type.


Crépuscule américain

Albator, Albator, du fond de la nuit d’or / Albator, Albator, de bâbord à tribord / Tu veilles sur la galaxie / Sur la liberté aussi. Si vous avez chantonné ces paroles d’Éric Charden, vous êtes sûrement, comme Frédéric Deveze, de la génération qui a connu l’arrivée du manga en France. Dans les années 1970-80, le corsaire de l’espace fait son entrée sur Antenne 2, dans l’émission RécréA2. Les Chevaliers du zodiaque, Goldorak et Dragon Ball quant à eux, sont diffusés pour la première fois dans le club Dorothée. Les adolescents de l’époque découvrent alors l’univers du manga avec les animés. Le manga deviendra l’accès à la lecture pour de nombreux jeunes. Pour Cyrille Cotelle, de la librairie le Comptoir du rêve, le manga signe la fin du rêve américain : « Après-guerre, les adolescents rêvaient de blue jeans, de McDo, d’Elvis, ça créait une rupture avec des parents franchouillards, qui ne parlaient pas anglais et préféraient écouter Johnny Hallyday. On assiste désormais à un copier/coller de ce phénomène avec le Japon. Aujourd’hui, les westerns, c’est has been. Au Mirail, ils apprennent le japonais. Le rêve, ce n’est plus de visiter Hollywood, mais les studios Ghibli. C’est peut-être même la fin de McDo au profit des ramens et des sushis. »

Le Comptoir du rêve, c’est LA librairie manga. 300 m² au centre de Toulouse et plus de 18 000 références. La plus grande librairie manga d’Europe. « Quand j’étais jeune, on disait de ceux qui lisaient des BD, comme aujourd’hui pour les mangas : “ C’est un gamin, plus tard, il lira de vrais livres.” J’ai voulu créer un lieu pour que les lecteurs de mangas soient enfin reconnus. » En ouvrant en 2020, Cyrille Cotelle voulait aussi rivaliser avec les sites de vente en ligne, pour ne pas avoir à dire non aux lecteurs à la recherche d’un manga en particulier. Celui qui a commencé à vendre des livres à l’âge de 16 ans, tient à son titre de librairie : chez lui, on ne trouve que des livres. Mais à Toulouse de nombreux concept store autour du manga ont vu le jour, comme Crossover, petite boutique installée depuis trois ans à deux pas de la rue d’Alsace-Lorraine. « La génération 1980-90 a le portefeuille pour faire découvrir à ses enfants la culture manga avec les livres, les figurines, les goodies et même le snack » rapporte Jérôme Le Frère, co-gérant.

Cyrille Cotelle dans sa librairie manga Comtoir du rêve

Cyrille Cotelle au Comptoir du rêve


Sens japonais

Le manga ne se limite effectivement pas au livre. À la sortie d’une série, toute une chaîne marketing se met en mouvement avec la production d’un animé, de figurines et de produits dérivés. La France, après le Japon, est le deuxième consommateur mondial de ces produits manga. Pour Eléonore Dujardin, co-directrice de l’EIMA, l’Ecole Internationale du Manga et de l’Animation : « Toulouse est la capitale du manga en France. Sa plaque tournante ! ». La capitale occitane peut se targuer d’avoir le TGS, deuxième plus gros salon manga et animés de France, la plus grande librairie manga d’Europe, et la plus prestigieuse des écoles françaises pour devenir mangaka. « Le manga est le plus gros facteur de croissance du marché du livre en France, et l’école de référence est à Toulouse. Je ne pense pas qu’on se rende compte de l’opportunité. »

Dans les locaux de l’EIMA

Dans les locaux de l’EIMA


L’idée de fonder une école de mangakas est née en 2012 dans la tête de Claire Pellier, professeure d’arts plastiques, alors qu’elle donnait des cours de manga dans son garage. Aujourd’hui, l’école accueille 122 étudiants. L’exemple, pour ces jeunes, c’est Tony Valente, l’auteur toulousain de Radiant, le seul manga français adapté en animé au Japon. « La première consécration pour un mangaka français, c’est d’être traduit en japonais. La deuxième, c’est d’avoir son animé. » explique éléonore Dujardin. Certains étudiants, dont certains pas encore diplômés, ont déjà signé en maison d’édition. C’est le cas de Loui, qui a signé chez Glénat avec Red Flower ou de Séléna Mercier et Marie Desnoyer chez Ankama, la maison de Tony Valente, avec Réseau Alexis (voir interview p. 26).

« Les jeunes se moquent que les mangas soient français ou japonais, parce que les codes ont été bien intégrés. » D’ailleurs Cyrille Cotelle, rappelle pour les néo-lecteurs, qu’un manga ne se lit pas « à l’envers » mais dans le « sens japonais ». Pour éléonore Dujardin, le manga est « une manière de raconter des histoires. Si un verre se brise, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui est en train de se briser. C’est profond, le manga, c’est stupide, drôle. Ça peut être incroyablement expérimental, comme de l’eau commerciale qui ne sert à rien. Il n’y a pas de limites ». Cette année, le Comptoir du rêve et l’EIMA, ont organisé la deuxième édition du Festival International du Manga, un des seuls endroits où sont rassemblés les éditeurs, les auteurs et les futurs mangakas. Toulouse sera certainement bientôt au manga ce qu’Angoulême est à la bande dessinée. C’est en tout cas ce qu’espèrent les diffuseurs toulousains de la culture manga.

éléonore Dujardin, co-directrice de l’EIMA

éléonore Dujardin, co-directrice de l’EIMA


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