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Interview

La positive attitude – Jean-luc Moudenc

PAR Jean COUDERC | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 10 min

Covid-19, crise dans l’aéronautique, colère des commerçants, fusillades aux Izards, pour Jean-Luc Moudenc les motifs d’inquiétude n’ont pas manqué en 2020. Le maire de Toulouse reste malgré tout confiant pour l’avenir, persuadé que sa ville dispose de ressources insoupçonnées. Et qu’elle a besoin, à la barre d’un capitaine optimiste et aguerri.

Que vous inspire la situation sanitaire ?
Les effets positifs du couvre-feu et du confinement semblent se faire sentir. Tant mieux. L’autre bonne nouvelle, c’est que la recherche sur les vaccins semblent aboutir, plus rapidement que ce que l’on pouvait espérer. Ce sont des signes positifs dont on a bien besoin dans cette crise sanitaire inédite.

Comprenez-vous la défiance d’une partie des Français à l’égard des vaccins ?
Non, et c’est un particularisme qui complique encore les choses ! C’est une défiance bien antérieure à la crise et qui s’exprime sur de nombreux sujets comme, tout récemment, celui de la 5G. Nous vivons une période difficile de transformation accélérée du monde, qui suscite des craintes et des suspicions. Et puis il y a ce fond complotiste qui crée, par définition, une ambiance de méfiance quasi-systématique.

Comme l’illustre le succès du documentaire Hold-up ?
Cela m’inquiète parce que c’est un moyen de manipuler l’opinion publique et de profiter de l’inquiétude des gens pour faire passer tout et n’importe quoi. Comme notre société est en perte de repères, cela favorise le crédit que l’on apporte à ce type d’approche.

Est-ce-à-dire que l’opinion publique est plus crédule ?
Elle est plus craintive et moins confiante. Donc plus crédule. La confiance vis-à-vis de tout ce qui relève du concept d’institution est en recul important depuis bien longtemps.

Avez-vous le sentiment que la pandémie aggrave cette tendance ?
Je le crains pour deux raisons : d’une part parce qu’elle révèle un dérèglement et des difficultés ; d’autre part parce que les gens ont vite le réflexe de chercher un coupable, de trouver un bouc émissaire et, au fond, de ne jamais se poser la question de leur propre responsabilité. La notion de responsabilité individuelle a fortement reculé elle aussi.

Après les avoir félicités au printemps, vous avez tancés les Toulousains à la rentrée. Comment jugez-vous leur comportement face à cette crise ?
Ils ont été très majoritairement civiques pour le respect des règles dans l’espace public. Je m’attendais, par exemple, à un taux d’irrespect supérieur lorsque le préfet a décidé, en août, de rendre le port du masque obligatoire. Pour une ville réputée frondeuse, elle a été assez respectueuse. J’ai, en revanche, la conviction que la deuxième vague est en grande partie imputable à un relâchement dans la sphère privée. J’irais même jusqu’à dire qu’une partie non négligeable de la population a fait le choix conscient de ne plus respecter les règles.

Comment analysez-vous cette prise de risque délibérée ?
Je l’explique par l’individualisme croissant de notre société. Autant la notion de responsabilité individuelle n’a cessé de régresser, autant l’individualisme, c’est-à-dire une forme d’égoïsme, conjugué au refus d’adhérer à des organisations collectives, n’a fait que croître. À Toulouse, comme ailleurs. C’est le moi Je qui l’emporte sur le nous.

Plusieurs maires d’Occitanie, comme Brigitte Barèges à Montauban, ont pris des arrêtés pour permettre aux commerces non-essentiels d’ouvrir. On sent souffler, un peu partout, un vent de révolte. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Un certain nombre de collègues épousent cette ambiance générale qui consiste à contester l’autorité voire l’État de droit. Je considère que c’est grave parce que le maire, élu par les concitoyens, a un devoir d’exemplarité et de vérité. Et de soutien à l’autorité républicaine. J’ai refusé de prendre de tels arrêtés parce que je savais qu’ils étaient illégaux. Mais les collègues qui les prenaient le savaient également ! Comment voulez-vous, quand on est maire, avoir de la crédibilité, quand on plaide pour le respect de la loi et de l’ordre, si on ne la respecte pas soi-même en prenant un arrêté que l’on sait illégal ? Je me mets, en outre, à la place des commerçants, chez qui ces arrêtés ont fait naître de l’espoir. J’imagine qu’ils se sont sentis trompés, abusés. Ce ne sont pas des juristes ! Comment voulez-vous que le système démocratique, qui souffre déjà de la grave crise de confiance dont nous parlons, se renforce avec de tels comportements ?

Comprenez-vous néanmoins que certains aient pu être déboussolés par des décisions gouvernementales pas toujours faciles à suivre ?
Le gouvernement n’a pas toujours été clair, c’est vrai. Mais je crois aussi que le conseil scientifique n’a pas toujours tenu le même langage… En réalité, cette pandémie nous a tous pris par surprise. À partir de là, le gouvernement a fait ce qu’il a pu, en commettant quelques maladresses ou erreurs. Mais je ne suis pas là pour instruire son procès parce que c’est toujours facile de juger après coup. J’ai la conviction qu’aucun autre gouvernement n’aurait fait mieux. Une fois de plus, on retombe dans ce travers qui consiste à trouver un bouc-émissaire. En France, depuis des siècles, on a toujours le réflexe de tourner vers le gouvernement un doigt accusateur.

N’avez-vous pas le sentiment que ce sont les collectivités (Région, Département, Métropole) qui vont sortir gagnantes de cette séquence ?
L’avantage des collectivités est qu’elles sont dirigées par des élus de terrain qui sont dans le quotidien des gens, en particulier les maires. Cette idée de proximité est validée par l’expérience que l’on vit depuis le début de cette crise. Cela renforce une conviction, ancienne chez moi, comme quoi l’État doit se recentrer sur ses missions régaliennes comme la sécurité, la justice ou la défense, et qu’il doit déléguer la mise en œuvre d’actions très concrètes aux collectivités.

Que vous inspire la crise économique qui s’annonce ?
Je crains évidemment la destruction de beaucoup d’emplois avec tous les dégâts que cela produit sur le plan humain, social et psychologique. Et sur les finances de nos collectivités…Mais je le crains avant tout pour notre pays. Car pour Toulouse, je pense que l’on a des armes pour rebondir, que bien d’autres n’ont pas.

Quels sont ces motifs d’espoir qui vous permettent d’être aussi optimiste ?
En France, Toulouse est l’une des principales places-fortes en matière de recherche, d’enseignement supérieur et d’innovation. C’est-à-dire dans la capacité à imaginer demain autrement. Ce potentiel, nous les Toulousains, l’avons toujours et c’est d’ailleurs l’un des enjeux majeurs de la crise : faire en sorte que les suppressions d’emplois ne se traduisent pas par une fuite des compétences du territoire. Car c’est en les mobilisant que l’on pourra, après la crise, inventer de nouvelles perspectives qui seront porteuses de développement économique et de création d’emplois. J’ai lancé l’idée, en plein confinement, d’une commission de prospective, indépendante et multidisciplinaire, pour imaginer être les ressorts de la future croissance économique de Toulouse. J’avais alors téléphoné à Jean Tirole, prix Nobel d’économie, et on avait posé les grands principes. Puis, j’avais proposé à Carole Delga de s’y associer, la compétence de l’action économique des collectivités étant partagée entre Région et Métropole, et elle a accepté tout de suite. Les conclusions de ses travaux sont intéressantes. Nous sommes en train de les analyser pour nous les approprier et être capables de lancer un certain nombre de ces projets nouveaux qui nous permettront de rebondir.

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Avec le Premier ministre Jean Castex au Capitole, en octobre dernier.

Il n’empêche que 2021 va être une année compliquée… Comment l’appréhende-t-on quand on est passé du statut de ville la plus enviée de France à celle de ville où l’on craint des licenciements en cascade et qui risque de vivre des drames sociaux dès 2021 ?
Il ne faut pas s’enfermer dans un discours de pessimisme ! Comme maire de la ville, j’entends porter un message d’avenir et d’espoir. Parce que je connais bien Toulouse et les Toulousains, et que je sais qu’ils ont une formidable capacité à réagir. On a le précédent du 21 septembre 2001, l’explosion d’AZF. Je me souviens que beaucoup de journalistes se demandaient alors si ce n’était pas la fin de l’eldorado toulousain, tant l’image de la ville avait été brisée de manière spectaculaire. De même en 2012, lorsque nous avons subi les assassinats islamistes, j’ai vu fleurir de nouveau ce genre de tristes prédictions. En vérité, rien de tout cela ne s’est passé. C’est pour ça que je demande de ne pas écouter les oiseaux de mauvais augure. Toulouse est sans doute la ville de France qui a le plus de potentiel de créativité. Il est aujourd’hui bridé par la crise mais je suis persuadé qu’une fois que les vaccins seront là, nous reprendrons notre marche en avant.

Est-ce que Toulouse peut mettre à profit cette crise pour construire un avenir plus équilibré ?
Non seulement elle le peut, mais elle le doit ! Il y a, dans le plan de relance lancé par le gouvernement, un volet important consacré à la transformation vertueuse de notre pays, autour d’une économie plus respectueuse de notre environnement.
À l’avenir, les investissements devront être marqués du sceau de l’écologie efficace et du développement durable concret. C’est également l’approche que la Métropole et la Mairie ont choisie.

Quel peut être le rôle d’une collectivité comme la Mairie de Toulouse pour amortir le choc ?
Quand on additionne les plans d’urgence, de relance et de lutte contre la précarité sociale que j’ai fait mettre successivement au point ces derniers mois, cela représente 143 millions d’euros injectés sur le territoire. Notre rôle est de ne pas succomber à la sinistrose, mais, au contraire, de porter une vision d’avenir. Le rôle d’un élu, est certes de bien gérer le quotidien, mais aussi de ne pas se contenter de l’aujourd’hui. Mon choix, pendant cette crise, a été de doper l’investissement pour soutenir la croissance, notamment à travers des marchés publics. Rien ne serait pire qu’une collectivité timorée, qui arrêterait, ou ralentirait, ses projets.

Est-ce que la crise vous conduit à sortir de votre registre habituel, dans lequel on vous enferme parfois, de gestionnaire ?
J’ai toujours trouvé stupide, voire infondée, cette distinction entre élu visionnaire et élu gestionnaire. Je pense qu’un élu visionnaire sérieux ne peut crédibiliser sa vision que s’il est bon gestionnaire. Pour être concret, si l’on a réussi à financer des investissements pendant la crise, c’est essentiellement grâce à l’épargne constituée en 2019, en gérant bien le budget de la Métropole et de la Mairie. La fameuse épargne que mes opposants me reprochent d’avoir constituée ! Ils m’accusent d’être un gestionnaire « pépère », mais, en vérité, une gestion « pépère », ce serait de ne pas investir. Or, c’est le contraire de ce que je fais, et cela depuis toujours.

La crise liée à la Covid-19 peut-elle vous conduire à réduire la voilure sur les grands projets annoncés pendant la campagne comme la 3e ligne de Métro, Le Ramier ou la Cité de la danse ?
Avec les données dont je dispose aujourd’hui, il n’y a aucune raison que je renonce à de tels projets. C’est la raison pour laquelle nous avons avancé sur la 3e ligne de métro, alors que mes opposants voulaient que je fasse un moratoire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’entre tous, c’est le projet le plus important, celui qui va amener le bénéfice le plus fort dans la vie quotidienne. Après, il est bien évident que la crise Covid va se traduire par un décalage de calendrier. À Toulouse, comme partout en France. Pour tous les projets évidemment.

Mi-novembre, vous étiez en visite aux Izards, dans un quartier tristement connu pour abriter un important trafic de drogue et, depuis peu, pour avoir été le théâtre de fusillades à répétition. Pourquoi n’arrive-t-on pas à apaiser ce quartier ?
Parce qu’il y a eu là, pendant des années, une concentration incroyable de trafics de drogue. La bonne nouvelle est que la police nationale a reconquis du terrain depuis plusieurs mois. Du reste, sur l’ensemble de la ville de Toulouse, les saisies de drogue ont augmenté de 400% au cours de mon mandat 2014-2020. Le problème est que l’organisation des trafics est telle que lorsqu’une filière est neutralisée, c’est un véritable séisme dans cette économie souterraine, et les bandes rivales veulent reprendre le territoire. D’où ces fusillades qui, en réalité, sont le symptôme de l’efficacité du travail de la police. Je considère, en outre, que la réforme récente qui consiste à verbaliser le consommateur est une excellente chose parce qu’il faut prendre le problème par les deux bouts. En achetant des stupéfiants, on contribue à pourrir la vie des quartiers où le « deal » est implanté.

Il est donc inutile de vous demander si vous avez évolué sur la question de la dépénalisation du cannabis ?
Je considère que cela reviendrait à faire courir un danger considérable à la santé des Français, en particulier neurologique. Donc, non, je n’ai pas changé d’avis.

Vous avez grandi dans un quartier populaire à une époque où les choses étaient bien différentes. Comment analysez-vous l’évolution ?
Dans ces quartiers, il y a eu incontestablement un développement de la délinquance. L’erreur qui a été faite a été ce que l’on appelle le déséquilibre du peuplement. Quand j’étais gamin et que j’allais jouer chez mes cousins à Bagatelle, il y avait une mixité de population qui créait un équilibre naturel. Elle a reculé considérablement ensuite, et les problèmes ont commencé. Puis tout s’est aggravé avec l’arrivée de la drogue, qui s’y est durablement installée.

Est-il possible de remettre de la mixité dans ces quartiers ?
C’est ce que l’on fait. Aux Izards, par exemple, les choses ont déjà changé avec l’apparition de nouvelles constructions de qualité et des logements en accession à la propriété. On voit ainsi arriver une nouvelle population avec des profils très différents. Ça met du temps, mais on finit par y arriver. J’ai toutefois conscience que c’est sans doute plus facile dans des quartiers petits en superficie et limités en population, comme les Izards ou Empalot, qu’au Grand Mirail, où le retournement d’image se fera plus lentement.
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L’actualité récente a été marquée par l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty. L’archevêque de Toulouse Monseigneur Le Gall a estimé que l’on n’avait pas le droit de se moquer des religions, remettant en cause la liberté de blasphémer. Quel est votre avis sur cette question ?
Je connais Monseigneur Le Gall depuis une quinzaine d’années et je sais que c’est un vrai républicain. C’est pourquoi je me suis abstenu de participer au concert de condamnations qui s’est alors manifesté à son endroit. Pour autant, je pense que son propos n’aurait pas été reçu de la même manière s’il avait au préalable exprimé deux points. D’abord, une claire condamnation de l’islamisme. Parce que le fond du sujet, ce ne sont pas les caricatures mais l’islamisme. Le mal qui nous ronge, c’est l’islamisme, un mal que, trop longtemps, par manque de courage, on a préféré ne pas nommer, que l’on n’a pas voulu voir. Lorsqu’en 2012, après les attentats de Montauban et Toulouse, j’en ai prononcé le nom, la majorité de gauche d’alors m’avait désapprouvé. Ensuite, le rappel de deux droits républicains incontestables et indiscutables : la liberté d’expression et le droit au blasphème.
Notre archevêque aurait gagné à affirmer d’abord ces deux préalables. Or, son terrain d’expression s’est concentré uniquement sur le ressenti des croyants vis-à-vis de caricatures ridiculisant la religion. Et justement, sur ce point-là, il me semble que sa parole, sur le fond, doit être attentivement considérée.

Que voulez-vous dire ?  
Il y a certains croyants qui sont blessés lorsqu’ils voient leur religion caricaturée, parce que la foi est centrale dans leur vie. Peut-être est-ce difficile à comprendre quand on n’est pas croyant, mais l’intérêt de la réflexion à laquelle nous invite Monseigneur Le Gall est justement d’essayer de se mettre à la place de celui qui croit. Brandir des caricatures, quand on n’est pas soi-même caricaturiste, est-il le meilleur moyen de faire reculer l’islamisme ? Au lieu d’apaiser un monde toujours prompt à s’enflammer dangereusement, de telles caricatures mises en avant par des responsables publics peuvent, parce qu’elles les choquent, précipiter des musulmans vers une sorte de victimisation, et donc vers l’islamisme. Or, le vrai sujet est de savoir comment la société française doit s’armer pour faire reculer l’islamisme, comment elle permet à nos compatriotes musulmans de vivre leur foi dans la sérénité et le respect des lois républicaines, ainsi qu’une grande majorité d’entre eux y aspire. Je regrette que l’on ait eu un débat sur les caricatures et non sur l’islamisme. Et puis, notre culture laïque n’est pas toujours comprise à l’extérieur. Lorsqu’elle tourne à la négation des religions ou qu’elle devient antireligieuse, c’est un dévoiement qui peut causer des dégâts inverses à ce que l’on recherche : la liberté de croire ou de ne pas croire, sans se sentir mis en cause dans ces deux situations.

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En visite aux Izards auprés de l’association Izards Attitude.

Dans l’interview publiée par Boudu il y a 5 ans, vous disiez que la pensée chrétienne donne les clefs pour comprendre la laïcité. Est-ce la raison pour laquelle elle s’en est accommodée alors que l’islam n’y parvient pas toujours ?
La parole chrétienne nous dit : « Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». C’est cette maxime venue de loin qui permet d’imaginer ce que sera ensuite la laïcité. On peut, aussi, rappeler la posture constante de nos rois capétiens qui ont unifié notre pays en affirmant qu’en France le pouvoir royal l’emportait sur les visées politiques de la papauté. Cet acquis culturel et politique n’est pas celui des pays musulmans. Il faut donc faire de la pédagogie, dialoguer et espérer qu’au sein de la communauté musulmane les voix qui s’élèvent en faveur d’un islam qui ne déborde pas dans le champ politique, comme celles des écrivains Boualem Sansal ou Kamel Daoud, et bien d’autres de tous horizons, gagnent les esprits et les cœurs. Malheureusement, la dynamique constatée est plutôt inverse. C’est toute la difficulté de la situation d’aujourd’hui.

On observe que le religieux revient en force dans la politique au moment où la politique semble en panne d’idées. Y voyez-vous une relation de cause à effet ?
Il y a peut-être eu, au XXe siècle, l’idée que l’on allait vivre la fin des religions. Et qu’au fond, le modèle serait l’Homme sans Dieu. C’était une intuition erronée. Malraux disait d’ailleurs, au siècle dernier, que le XXIe siècle serait spirituel. Je pense qu’il est sain de considérer que les religions ont toute leur place dans la société. Les nier, les ridiculiser de manière systématique ou excessive peut provoquer des résultats indésirables et dangereux. Ce qui n’est pas bon, c’est que l’histoire et la connaissance des religions soient en déshérence. Alors, comme le fait religieux ne va pas disparaitre de sitôt, on aurait tout intérêt à le comprendre. Et à l’enseigner aux jeunes. Sur le terrain pédagogique et culturel bien sûr, pas s’agissant des dogmes.

Changeons de sujet et revenons à la politique. La dernière campagne municipale a été, de part et d’autre, d’une rare violence. Les esprits ne semblent pas s’être apaisés au vu des échanges lors des premiers conseils municipaux ou métropolitains, rompant avec une tradition qui veut que les échanges à Toulouse soient généralement de bonne tenue. Comment l’expliquez-vous ?
Les protagonistes du combat électoral ont changé. On était habitués, à Toulouse, à avoir d’un côté le centre-droit et de l’autre la social-démocratie. Cette fois-ci, le combat n’a pas du tout été le même. Si, de notre côté, nous avons fédéré, comme d’habitude, les familles du centre, de la droite et de la société civile, en face c’est l’extrême-gauche qui a pris la main. Et je suis frappé de voir qu’au Conseil municipal, il y a une nouvelle extrême-gauche. On était habitués à ce qu’elle soit représentée par des partis comme le NPA, LO ou la LCR. Aujourd’hui, il y a certes les Insoumis. Mais il y a, en plus, des opposants qui sont présentés comme des citoyens parce qu’ils n’appartiennent à aucun parti politique mais qui, en réalité, défendent des positions d’extrême-gauche.
Mon devoir, pendant ce mandat, est donc de fédérer tous les modérés, tous les démocrates, de droite, du centre et de la gauche démocratique. C’est ce que j’ai fait au Conseil de Métropole en élaborant un pacte d’orientations politiques signé par 80% des élus et 34 maires sur 37 de tendances très variées.

Que vous inspirent les prises de position polémiques de certains maires Verts élus au printemps dernier (Tour de France, sapins de Noël etc.) ?
Les premiers pas de ces élus, qui donnent dans le dogmatisme et stoppent le développement, montrent aux Toulousains ce à quoi leur lucidité leur a permis d’échapper. Le problème en France, c’est que la plupart des Verts sont des gauchistes. Quand je vois les Verts allemands – qui gouvernent parfois en coalition certaines régions – dénoncer sans ambigüité le fondamentalisme islamiste, je me dis qu’il faudrait s’en inspirer ici. Malheureusement, ce n’est pas demain la veille !

2020 restera-t-elle comme l’année la plus exceptionnelle, hors norme, depuis que vous faites de la politique ?
Peut-être, même s’il faut se méfier de la tentation de qualifier dans l’instant ce que l’on est en train de vivre. Le monde évolue dangereusement, l’hyper individualisme rend plus ardue la production de rêves collectifs. Lorsque j’ai pris la décision de me représenter, je savais que je faisais le choix de la difficulté. Et ce avant la crise du Covid-19 ! Mais je ne le regrette pas parce que, dans les moments difficiles, l’expérience des capitaines aguerris est encore plus utile que dans les temps ordinaires. Elle produit de la sérénité et permet de garder le cap.

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.