La chercheuse : Le lien social et le vivant
- Valérie RAVINET
- il y a 9 minutes
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Sociologue et géographe, chercheuse au laboratoire interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoire -LISST-, Hélène Guetat travaille sur les liens entre genre, agriculture, agroécologie et habitabilité des territoires. De l’Inde au Brésil, du Cameroun à l’Ariège, elle s’attache à rendre visibles des savoirs, des attentions et des liens au vivant essentiels pour penser l’agriculture et les habitants des territoires ruraux.

Le déclic vers la recherche
Je suis venue à la recherche par l’engagement. J’ai d’abord imaginé travailler sur les questions de développement. J’ai ainsi passé deux ans en Inde à étudier les liens entre économie et développement en ruralité. J’y ai d’ailleurs consacré ma thèse. Puis mon intérêt s’est porté sur la compréhension en profondeur des mécanismes sociaux à l’œuvre dans les liens entre nature et société.
Femmes invisibles
Mon travail s’est déplacé vers une question qui ne m’a plus quittée, celle de la place des femmes en agriculture. Au Cameroun, au moment de la crise de la caféiculture, j’ai observé comment elles parvenaient à inventer d’autres revenus. Ensuite, au Brésil, au Sénégal, en Amazonie, je me suis intéressée à leurs savoirs sur les plantes, l’alimentation, les cultures, les équilibres entre les champs et l’assiette. Ce que ces terrains montrent, c’est que ces compétences sont peu reconnues alors même qu’elles sont capitales.
Le piège de l’essentialisme
Aujourd’hui, ces sujets sont davantage visibles. On parle beaucoup d’écoféminisme ou de « care environnemental ». Il ne s’agit pas de dire que les femmes seraient naturellement plus proches de la nature, mais de comprendre comment les modernisations agricoles ont invisibilisé certains savoirs ou certaines compétences. Les travaux de terrain que j’ai conduits sur les différents continents montrent que ces savoirs s’ancrent dans des expériences concrètes de travail, de production et d’alimentation. Et ce fil irrigue aussi mon travail d’encadrement, à travers les thèses que je dirige, qui interrogent la place des femmes en agriculture, les liens entre féminisme et agroécologie, et la manière dont ces compétences peuvent enfin être reconnues comme de véritables savoirs.
Agroécologie, synonymed’égalité de genre ?
On pourrait croire qu’une agriculture plus respectueuse du vivant entraîne automatiquement plus d’égalité. Ce n’est pas si simple. Une agriculture bio ou responsable ne garantit pas, à elle seule, une meilleure reconnaissance de la place des femmes au travail. C’est pour cela que certains mouvements paysans brésiliens affirment qu’il ne peut pas y avoir d’agroécologie paysanne sans féminisme. Autrement dit, l’attention au vivant ne dispense jamais de poser la question des droits, de la reconnaissance et de la justice.
En Ariège, arts et sciences au service du vivant
Depuis 2019, je vis à Pamiers, en Ariège, sur le site de Brassacou, où je retrouve les mêmes questions d’habitabilité, de biodiversité, de paysages et de justice environnementale. Je travaille avec l’association Reveas à préserver la biodiversité, à accueillir des publics divers, à ouvrir des espaces de dialogue entre sciences, société, art et écologie. Finalement, tout se rejoint, où que l’on se trouve : comment apprendre à mieux habiter le vivant, au lieu de simplement l’exploiter ?



