Le chercheur : Traqueur de signaux d’eau
- Valérie RAVINET
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Spécialiste du suivi de l’humidité des sols, le physicien Mehrez Zribi, directeur de recherche au CNRS, a reçu en 2023 la médaille d’argent du CNRS pour l’originalité, la qualité et l’importance de ses travaux internationalement reconnus. Il est aujourd’hui directeur de l’Observatoire Midi-Pyrénées, le plus grand observatoire des sciences de l’univers en France.

Pour une recherche libre
Mon bac passé en Tunisie en poche, j’ai suivi une prépa à Lyon puis une formation à l’aéronautique et à l’espace à Toulouse. J’ai vite compris que j’étais davantage chercheur qu’ingénieur. J’ai réalisé ma thèse entre Paris et Toulouse. Je croyais perdre un temps précieux en trajets entre les deux villes, j’y ai, au contraire, gagné une respiration et appris à lâcher prise. Je ne calcule pas, je saisis les rencontres et je garde la joie du défi. J’ai même choisi de soutenir ma thèse à la veille de la Coupe du monde 98, histoire de regarder les matchs sans pression !
Son fil rouge : la ressource en eau
Mon travail de recherche consiste à observer les surfaces continentales pour y étudier l’évolution des ressources en eau. Mon terrain, c’est la télédétection : comprendre ce que raconte un signal satellite sur l’humidité des sols, l’état de la végétation, l’eau disponible. Je développe des modèles pour retrouver des paramètres géophysiques à partir des micro-ondes. J’ai une vraie passion pour l’instrumentation. Avec la mission Smos, j’ai contribué à doter la France d’un instrument de mesure aéroportée pour fournir des données solides à toute une communauté. J’en ai tiré une vraie fierté.
Amma, l’ouverture grand format
Je garde un souvenir fondateur du projet Amma, auquel j’ai participé entre 2001 et 2006. Il s’agit d’un vaste programme de recherche international et interdisciplinaire sur la variabilité de la mousson de l’Afrique de l’Ouest et ses impacts sur les populations. Je suis passé d’une approche axée sur la physique du signal à une science plus large, interdisciplinaire, où atmosphère, hydrologie, terrains, collaborations internationales et temporalités longues s’articulent. Amma m’a appris le collectif à grande échelle.
Le goût des virages
Je n’ai pas de plan de carrière, je vais de projet en projet. De retour à Toulouse après quatre années d’expatriation avec l’Institut de Recherche pour le développement à Tunis, j’ai rejoint le Centre d’Etudes Spatiales de la Biosphère (CESBIO) en 2012 pour travailler sur une technique qui m’a séduite : le GNSS-R, qui exploite les signaux GPS réfléchis sur la Terre pour observer les surfaces. Avec le développement d’un nouvel instrument aéroporté, la visibilité internationale est vite arrivée. J’ai participé à différents projets avec un groupe de scientifiques de l’Agence spatiale européenne, au cœur des instruments GNSS-R à bord de satellites, qui a donné lieu à de nombreuses publications scientifiques.
Bâtir l’OMP, défendre la méthode
Depuis janvier 2024, je dirige l’Observatoire Midi-Pyrénées (OMP), le plus grand observatoire des sciences de l’univers en France, qui regroupe neuf laboratoires et 1800 personnes. J’y porte le projet de renforcer une organisation qui serve la science et survive aux personnes. Je crois à une gouvernance structurée, à la stratégie, à une forme de justice qui protège des logiques de force. Pour que la science reste lisible et crédible.



