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Mon vieux

Dernière mise à jour : 23 févr.

Les séniors ne servent à rien ? Pas si sûr à en croire ces quelques personnalités toulousaines qui ont accepté de nous raconter, en quelques lignes, à quel point leur existence a été influencée par de chers "âgés".


Mon Vieux – Stéphane Battle, Directeur de la compagnie de théâtre du Grenier Toulouse

« C’est ça mon père : un homme qui défend ses valeurs et ses convictions. »

La réponse est évidente : mes parents. Mais si ma mère est un roc, une forteresse qui protègera toujours ses « petits », quelques soient leur âge, d’une puissance et d’un amour hors du commun, en tant que garçon, mon père est la référence absolue. Passionné par la randonnée en montagne, il reste pour moi l’homme qui gravit des sommets. Les cuisses puissantes, le regard toujours tourné vers le ciel, avec un sac gigantesque à mes yeux d’enfant, il me répétait, luisant de sueur : « Pour arriver tout la haut, il suffit de mettre un pied devant l’autre ». Et il en a gravi des sommets, d’altitude, mais aussi professionnels, sociaux, associatifs… Il connut très peu son père, mort des suites de blessure de guerre. Elevé par sa mère, il devint éducateur spécialisé, puis ses multiples engagements associatifs dans le sport et dans la culture l’amenèrent à s’investir en politique où il fut élu, dans les années 90, conseiller général et régional de Midi-Pyrénées. Malgré toutes ses charges, tous ces « sacs à dos » successifs, il fut toujours là pour mon frère et moi. Enfant, j’ai eu bien des soucis de santé. J’ai même dû être placé des années durant dans un institut de rééducation motrice. à cette époque, les parents étaient interdits de visite durant TOUTE la semaine… J’avais 5 ans… Et bien mon père, n’en pouvant plus de ne pas me voir en dehors des seuls week-ends autorisés, brisa un beau jour ce règlement cruel en s’imposant d’abord physiquement aux infirmiers. Je l’entends encore hurler dans les couloirs : «  Ecartez-vous, je verrai mon fils aujourd’hui, et demain, et après-demain. Et chaque jour, que cela vous plaise ou non ! Ecartez-vous, je ne le répèterai pas ! ». Il faisait de l’haltérophilie à l’époque… et ils se sont écartés ! à partir de ce jour, tous les parents purent voir leurs enfants, comme bon leur semblait. C’est ça mon père : un homme qui défend ses valeurs et ses convictions. Quel qu’en soit le prix. Un homme qui me dit encore : « les épreuves, on les affronte de face ». Aujourd’hui, il affronte la maladie de Parkinson de la même manière. La tête haute, avec panache et la réflexion humaniste toujours aux lèvres. Un homme que j’admire et que j’aime de tout mon cœur. L’autre jour il m’a glissé cette phrase que seul l’amour absolu peut inspirer, une phrase qui me brise le cœur : « mes enfants, ce que je ne supporte pas dans l’idée de partir, c’est de me dire que je ne vais plus vous voir ». Et je me souviendrai toujours de cette phrase prononcée à l’égard du reste de ma famille quelque peu sceptique face à ma volonté de devenir comédien : « Le mieux que l’on puisse faire, c’est de le laisser faire ». Tout était dit.

 

Mélissa Billard, Comédienne

« Elle m’a toujours dit qu’il m’arriverait quelque chose d’extraordinaire. Et j’y ai cru. »

Ma grand-mère, Julia, a vécu à Beyrouth jusqu’au début de la guerre où elle s’exila en région parisienne dans le 95. On se voyait très souvent quand j’étais petite. Vu qu’elle avait 7 enfants, elle passait beaucoup de temps en cuisine… et elle adorait ça ! C’était vraiment la grand-mère parfaite, hyper chaleureuse, très rigolote, généreuse, tout le monde se retrouvait chez elle. Elle m’a transmis l’envie de donner, que les gens se sentent bien, l’amour de l’autre. Quand elle n’était pas aux fourneaux, elle jouait aux cartes et lisait dans le marc de café. Beaucoup de gens venaient la voir pour ça. Elle avait même essayé de m’apprendre. Sinon elle adorait faire les magasins pendant que son mari, qui n’aimait pas ça, l’attendait en dormant. Elle a énormément compté dans ma vocation en me donnant la force de faire les choses complètement, d’avoir foi dans mes sentiments, ma raison d’être. Je faisais beaucoup la pitre quand j’étais petite lors des réunions de famille et c’était ma première fan. Quand je suis rentrée en fac de cinéma, elle a participé à mon premier court-métrage. Et puis elle m’a toujours dit qu’il m’arriverait quelque chose d’extraordinaire. C’est d’ailleurs le point de départ de mon spectacle. Donc j’y ai toujours cru. Elle a rendu mon existence magique, un peu romanesque. Encore aujourd’hui, dès que je monte sur scène, je pense à elle : ça me permet de me concentrer.

 

Antoine Maurice, Conseiller municipale de l’opposition de la Mairie de Toulouse

« Même s’il était gaulliste, je crois que dans le fond, nous étions d’accord sur l’essentiel. »

Mon grand-père maternel, encore vivant à 96 ans même si la maladie d’Alzheimer, nous empêche désormais d’échanger, a beaucoup compté pour moi. Paysan qui cultivait des céréales dans le Gers à l’Isle-Jourdain, c’est sur ses terres que mes parents ont construit la maison de mon enfance. Des souvenirs avec lui, j’en ai donc plein, sur le tracteur, la moissonneuse… Même si je n’étais pas vraiment attiré par son métier, j’étais admiratif de ce qu’il faisait. Et puis à côté de la terre, il était très engagé sur le plan associatif en tant que président du club de foot du village. Pendant 40 ans, j’ai pu voir à quel point celui qui était aussi mon parrain était apprécié et reconnu pour cela. C’est donc lui qui m’a donné le goût de l’engagement, de fédérer, et celui d’oeuvrer pour la société même si j’ai choisi une autre voie, celle de la politique. Il était d’ailleurs très inquiet, au départ, de me voir partir dans cette direction tant il savait que c’était un monde violent. Politiquement, c’était un Gaulliste convaincu. On pourrait donc penser que nous étions opposés. Or je me suis rendu compte avec le temps et par nos nombreuses discussions, parce que c’était quelqu’un qui parlait beaucoup et qui aimait les mots, à l’écrit comme à l’oral, que nous avions simplement des histoires différentes liées à des générations différentes. Mais dans le fond, je crois que nous étions d’accord sur l’essentiel. Et je ne suis pas loin de penser qu’il voterait écolo s’il avait 20 ans aujourd’hui. Il m’a également transmis la détermination, la constance et une certaine idée de la fidélité dont j’essaie de me montrer digne. Je suis engagé depuis l’âge de 18 ans chez les Verts et je n’en suis jamais parti, même dans les mauvais moments.




Natalie Renac, Fondatrice de Miharu

« Elle ne s’embêtait pas avec le qu’en-dira-t-on ? Elle vivait sa vie du mieux qu’elle pouvait, sans se soucier de son image. »

Habituellement, les personnes qui nous inspirent sont puissantes, connues ou ont fait des choses remarquables, au sens où on les remarque. La personne qui m’inspire n’a rien à voir avec cela. Il s’agit de ma grand-mère, Mame, espagnole d’origine du côté de Valladolid, arrivée en France en 1930 à l’âge de 18 ans. Couturière, femme de ménage, c’est la personne qui m’a le plus élevée car mes parents travaillaient beaucoup. Elle me parlait français, avec son accent espagnol qui portait toute son histoire, en mettant de temps en temps des mots de son pays d’origine et de temps en temps du patois d’Agen. Cela donnait un résultat chantant et bienveillant. Malgré sa « petite situation », ses gros mots, son franc parler, c’est une femme qui m’a toujours inspirée. Pourquoi ? Parce qu’elle vivait sa vie, de la façon la plus joyeuse possible, en s’attachant aux valeurs essentielles : l’amour et le partage. Elle n’a pas attendu les coachs d’aujourd’hui pour savoir ce qu’est la vraie vie. Elle m’a également marquée parce qu’elle était…cash ! Elle ne s’embêtait pas avec le qu’en-dira-t-on ?  Elle vivait sa vie du mieux qu’elle pouvait, sans se soucier de son image. Elle voulait toujours faire plaisir à ceux qu’elle aimait, et était sans concession pour ceux/celles qu’elle n’aimait pas. Une femme entière ! Elle aimait chanter (ce qu’elle faisait très bien) et faire son spectacle (elle se déguisait, dansait). Elle savait faire sourire et faire rire tous ceux qui partageaient son repas. Et pourtant, sa vie n’était pas toujours drôle. Mais elle mettait du bonheur dans la vie de ceux qui étaient à ses côtés. Sa porte était toujours ouverte. Elle était celle que tout le monde connaissait dans le quartier HLM où elle habitait, comme « La Mame » de tout le monde. Si elle pouvait être très à cheval sur certaines choses, comme celle de ne pas chanter à table, elle était aussi capable de parler de sexe quand à l’époque, c’était tabou ! Ou de lâcher « à chaque femme, son couvercle » qui faisait rougir mon autre grand-mère bourgeoise. Enfin elle m’inspire aussi car ses petits plats simples étaient faits avec tant d’amour que c’étaient des délices que je n’ai depuis jamais pu retrouver.




Dominique Faure, Vice-présidente de Toulouse Métropole

« Je ne sais pas si j’aurais fait de la politique s’il ne m’y avait pas encouragé. »

Ayant perdu mon papa à l’âge de 18 ans, c’est mon oncle et parrain, Georges Maurel, qui est devenu en quelque sorte mon deuxième papa. Je le connaissais très bien puisque nous vivions ensemble au Maroc où il enseignait dans le collège dont mon père était le principal. On passait tous les dimanches ensemble. C’était quelqu’un d’extrêmement gentil, généreux et drôle. Il était très aimé par tout le monde et avait une vie sociale très épanouie. J’admirais d’ailleurs sa formidable capacité à fédérer. J’étais également très impressionnée par sa grande sagesse. J’aimais parler avec lui des sujets de société. Il avait toujours une vision très juste des choses. Aussi lorsque l’opportunité s’est présentée, en 2012, de me lancer en politique, c’est vers lui que je me suis tournée, notamment parce qu’il était, une fois à la retraite, devenu maire d’Homps, le petit village de l’Aude d’où je suis originaire. Je ne sais pas si j’aurais franchi le pas s’il ne m’avait pas encouragé à le faire. J’utilise assez régulièrement l’expression « prendre soin » et je sais que ça vient de lui. Je le voyais notamment, à l’époque, rester tard dans sa mairie, au service des autres. Il a beaucoup influencé ma manière de vivre mon mandat local. Encore aujourd’hui, bien qu’il ait 94 ans, c’est quelqu’un avec lequel je parle beaucoup parce qu’il est éminemment moderne, intéressé par l’évolution de la société tout en étant attaché à son village natal. Même si avec l’âge, il souffre comme beaucoup de personnes âgées de l’isolement. Parfois quand je l’appelle, il me dit «  tu es la première personne à qui je parle aujourd’hui… » Aussi nous allons régulièrement dans l’Aude pour le voir et déjeuner avec lui dans l’une des auberges du village qu’il affectionne tant. Et s’il est pris parce qu’il a parfois des engagements, nous reportons notre voyage. Hors de question d’aller à Homps et de ne pas déjeuner avec Jo !

 

Edouard Forzy, Président Co-Fondateur de la Mêlée

« Il reste dans mon imaginaire un modèle de vie, d’engagement et de courage. »

Je voue une admiration sans bornes à mon père, Guy Forzy, qui avait près de 50 ans lorsque je suis venu au monde. Né en Algérie avant la grande crise de 1929, au temps du cinéma muet et des batailles à cheval, il a traversé le siècle en étant toujours là où il fallait être. À l’âge de 17 ans, il intègre la 2e armée française et participe au débarquement de Provence en 1944. Accueilli comme un héros à son retour en Algérie, il rejoint l’exploitation familiale avant de partir pour les États-Unis pour expliquer aux Américains comment cultiver des terres arides, l’agriculture en Algérie étant, à ce moment-là, un modèle dans le monde ! Aux States, il est notamment accueilli dans la ferme de l’écrivain Louis Bromfield (Prix Pulitzer en 1927) où il rencontre des vedettes du cinéma comme Paul Newman ou Ava Gardner. À son retour, il se mobilise pour l’Algérie française et devient notamment l’une des figures emblématiques des barricades d’Alger. Expulsé en 1960, il est assigné à résidence dans le Gers. Il lui faut alors tout redémarrer à zéro dans un climat alors hostile aux pieds-noirs. Après avoir fini par racheter une ferme à Fleurance, il fonde en 1970 les Comités de défense des Agriculteurs rapatriés, puis le Recours, qui deviendra le principal lobby pied-noir jusqu’à la fin des années 90 où il est nommé délégué interministériel aux rapatriés d’Algérie par Jacques Chirac. Un aboutissement pour un homme qui aura consacré toute sa vie et son énergie pour cette cause. Il reste dans notre imaginaire à tous (avec mes frères et sœurs) une légende, un « phare », un modèle de vie, d’engagement et de courage, mettant avant tout autre chose, son pays, sa famille, ses racines, et ne les reniant jamais, allant au bout de ses engagements et convictions, sans jamais en tirer un quelconque profit personnel, parfois à son détriment. C’était un homme d’honneur, comme on n’en fait plus de nos jours, qui se fichait pas mal de l’argent. Mais qui m’a appris beaucoup de choses : la fidélité, à travailler, et à toujours croire en sa bonne étoile.

 

Olivier Corcoles, Fondateur de l’agence co-rco

« Charles était un jouisseur qui profitait de la vie et l’assumait pleinement. Au fond, je crois que je lui ressemble. »

Mon vieux à moi n’est pas de ma famille, non…mais c’est (presque) tout comme à vrai dire. Il s’agit de Charles, arrivé à Perpignan dans les années 70 de sa Gironde natale. Étant architecte de profession, il fit la connaissance de mon père sur les chantiers et se lièrent rapidement d’une amitié intarissable. Quand j’étais petit, ils avaient des rituels comme celui de se voir tous les week-end, autour d’une bonne table et d’une balade. J’ai donc beaucoup de souvenirs de lui, de sa capacité à s’émerveiller d’un paysage, d’un décor ou des sorties en voiture où il me laissait conduire sur ses genoux alors que j’avais à peine 7 ans. Avec mes yeux d’enfant, je le trouvais beau, avec ses grands yeux pétillants d’intelligence, d’espièglerie, de vie, en quelque sorte. Pour moi, il était différent des autres « grands », des adultes, c’était l’artiste de la bande, il se permettait toujours des trucs que les autres n’osaient pas. Aux enfants, il nous faisait par exemple écouter des morceaux de musique un peu coquins ou goûter des spiritueux en tout genre. Indiscutablement, il a été pour moi un passeur dans le domaine des arts, en m’initiant notamment à la « bonne » chanson française, à ses textes mais aussi à la culture créative, et son émotion, ce qui m’est bien utile dans mon activité professionnelle. Il m’a aussi appris à contempler et apprécier « la beauté », toutes les beautés, comme celle des femmes sans avoir honte parce que ce n’est pas leur manquer de respect que de les admirer. Mais je crois que son influence la plus manifeste réside dans la manière dont je vis les choses : Charles était un jouisseur qui profitait de la vie et l’assumait pleinement. Et je crois que si mes proches m’appellent aujourd’hui « Monsieur plus », c’est parce qu’au fond, je lui ressemble. A la fois dans mon désir de vivre les choses pleinement mais aussi dans celle « d’être têtu » et de croire en ma bonne étoile. Hédoniste. C’est en tous les cas ce que j’essaie de faire chez co-rco où je mène les choses comme j’ai envie de les mener. Avec beauté, sagesse et force de caractère et surtout sans ans me soucier du regard des autres…»



Ecrivain originaire de Mazamet à qui Boudu avait consacré la couverture de son numéro d’avril 2017, Simon Johannin nous livre une version très personnelle de sa relation aux « vieux ».

Mes vieux à moi, c’était plutôt de vieilles dames. Deux grands-mères. Deux archétypes, deux représentantes malgré elles du creuset méditerranéen qui m’a vu grandir. L’une italienne, l’autre corse. Je les ai perdu tôt, avant mes dix ans, puisque c’est aussi le destin des classes populaires que de mourir avant les autres, d’avoir moins de temps pour se transmettre les trésors accumulés en une vie. J’ai quelques souvenirs vagues de ma grand-mère Angélique se frisant les cheveux, tôt le matin, avant de faire mon petit déjeuner. Celui de manger des steak-frites et du coq au vin. Je n’ai pas vraiment le souvenir de conversations, si ce n’est celle où, après la vision d’un documentaire sur Pompéi, elle me rassurait quand au fait que le Vésuve était bien trop loin, pour qu’à Montpellier sa lave nous atteigne. Il en est de même de ma grand-mère Amélia. Elle ne parlait pas très bien le français, et priait à voix basse en tricotant des chaussettes qu’elle nous offrait à Noël. Evidemment, l’enfance n’est pas forcément le moment de la vie où l’on a le plus conscience de la préciosité d’un lien, de sa précarité aussi. J’ai tout de suite regretté de ne pas avoir vraiment su la mort avant elles. De ne pas avoir profité plus, posé des questions à ces femmes qui sont, et seront toujours, malgré le court temps partagé, celles par qui courent en moi mes racines. C’est étrange de s’identifier plus à celles que j’ai si peu connu qu’à ceux que je connais encore. Mais c’est qu’au delà des mots, des savoirs, des anecdotes ou des recettes, j’ai reçu de ces femmes ce qui fait que, lorsque je vois autour de moi d’autres de ma génération vivant toujours ces liens, je n’ai pourtant ni pincement ni tristesse. Je n’ai plus le regret de ne savoir ni leur enfance ou leur jeunesse. De quoi étaient faites leurs joies et leurs peurs, ce qui composait leur jour, de les entendre me dire ce que c’était qu’être une femme dans cet autre siècle. Je n’ai pas la nostalgie de ce que l’on aurait pu vivre, des images que j’aurais pu faire d’elles, des blagues et des rires qui auraient sans doute animés la plupart de nos échanges. Tout ça, en effet, importe peu, puisque l’essentiel reste. L’essentiel c’est une main sous mon menton pour me faire manger lorsqu’à quatre ans je me suis cassé le bras. C’est un regard, dont on comprendra bien plus tard, que ce drôle d’air qu’on y voyait, ça n’était que de l’amour pour le mioche délirant qu’on était alors. L’essentiel, et c’est bête de le dire, c’est de savoir en moi que j’ai été aimé de ces femmes, et que du haut de mon cœur d’enfant, je les ai aimé en retour.

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