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Quartier : Belfort

  • Anna Peytavi
  • 5 mai
  • 5 min de lecture

Ancien « quartier chaud » de Toulouse, Belfort porte encore les stigmates de sa réputation sulfureuse. Mais avec le recul des trafics et l’arrivée de nouveaux commerces, le quartier amorce sa mue sans perdre son identité ni ses institutions emblématiques.


Quartier Belfort - © Rémi Benoit

C’est où ?

Organisé en étoile autour de la place Belfort, le quartier éponyme qui jouxte les allées Jean-Jaurès fait le lien entre la gare Matabiau et l’hypercentre de Toulouse.



Supernova - © Anna Peytavi

Étoile montante   

En avril 2025, Maxime Keddache et son projet d’espace culinaire hybride rejoignent le quartier Belfort sans vraiment le connaître. Le chef originaire de Carcassonne découvre sur place « un quartier vivant, social, aux allures de microcosme » où son concept trouve rapidement sa place. À mi-chemin entre cantine, résidence culinaire et lieu artistique, Supernova est un espace de vie et de création où la cuisine est centrale, mais jamais figée. Deux chefs par mois prennent possession des lieux pendant quelques jours pour décliner leur univers et leur identité dans des plats, avec pour seules contraintes une fourchette de prix et le marché du matin comme point de départ. Chaque passage est l’occasion d’une découverte, conformément à l’ambition de Maxime de « faire venir des chefs qui ne connaissent pas Toulouse, et que Toulouse ne connaît pas encore ». La cuisine se mêle à l’artisanat et à la musique au fil d’événements où créateurs et artistes sont invités à investir l’espace. Pensé comme un lieu en mouvement permanent, « Supernova ne promet jamais la même ambiance ni la même expérience. » sourit le cofondateur Manuel Pomar.



L'autre - ©Carine Bories

Il est cinq heures, Toulouse s’éveille

« Un ovni », « pas dans les standards » : les mots que Valérie Dupont utilise pour se définir résonnent pleinement avec l’esprit du lieu qu’elle a créé en 2010, l’after L’autre. Au 30 rue Stalingrad, on pousse la porte quand la nuit s’attarde, ou lorsque le jour se lève. De 5h du matin à midi le week-end, le lieu accueille les fêtards les plus aguerris qui souhaitent prolonger l’expérience sur fond de musique électronique. Depuis l’ouverture, plus de 300 DJs sont passés derrière les platines, certains venant directement d’un set au Bikini. Avant d’être une experte de la fête, la patronne exerçait dans la vente de bijoux. Le point commun ? « Être un mirador, sans cesse attentif à tout ce qu’il se passe. » Une qualité essentielle pour survivre dans le monde de la nuit et préserver ce qu’elle considère être « un endroit de liberté comme il n’en existe plus ».



Atelier Denfert Céramique - © Anna Peytavi

Pas dans le moule

Si la vitrine colorée du 32 rue Denfert Rochereau vous donne envie d’entrer, n’hésitez pas à pousser la porte. Avec un peu de chance, vous serez accueillis, avec un thé à la réglisse et une tablette de chocolat, par Florence, Anne et Muriel les créatrices de l’Atelier Denfert Céramique où elles travaillent le grès et la porcelaine. Si le lieu est avant tout leur espace de création, elles organisent de temps à autre des expo-ventes éphémères et proposent des ateliers ou stages sur demande. À en croire Anne, le lieu est un véritable laboratoire : « On expérimente, on s’amuse avec les formes, les émaux, la recherche céramique ne s’arrête jamais. » En multipliant les tests, les trois céramistes s’assurent une surprise à chaque fois qu’elles ouvrent le four. Un exercice de lâcher-prise qui leur permet de créer des pièces uniques, « pas trop dans les clous ».



Yaz Cantine - © Anna Peytavi

Quand la cantine prend ses quartiers

En 2022, Pablo Valentin tire un trait sur quinze ans de carrière dans la culture pour ouvrir une cantine au 12 rue de Belfort. Ouverte le midi du lundi au vendredi, on y trouve des plats aux accents méditerranéens et de nombreuses spécialités libanaises avec une carte qui évolue tous les quinze jours. De sa reconversion professionnelle, le chef en tire « plus de liberté et de plaisir » et surtout la possibilité de se livrer quotidiennement à ce qu’il préfère, à savoir « accueillir et recevoir ». Installée dans un ancien garage, Yaz Cantine a conservé l’esprit brut et industriel du lieu. Dès l’entrée, les clients découvrent les chefs à l’œuvre dans leur bulle de plexiglas. Au coeur du projet, la volonté de proposer des assiettes simples mais savoureuses, inspirées de la cuisine de rue, avec des produits locaux et de saison. Pour Pablo qui a habité le quartier dix ans, Belfort a permis à son projet de trouver tout son sens : « L’idée de la cantine n’aurait pas été transposable à un autre quartier. »



Pizzeria Belfort - © Anna Peytavi

Tranche de culture   

Au 2 Rue Bertrand de Born, la pizzeria qui fait l’angle avec la place Belfort est l’une des plus anciennes de la ville. Sa renommée, elle la doit autant à ses pizzas artisanales proposées à 9€ qu’au concept original qu’elle abrite. À l’origine, les patrons Hafid et Zoubir ont souhaité créer un lieu dédié à la culture où la cuisine italienne côtoie les débats d’idées et les artistes. Au sous-sol, le cabaret nommé « la porte de la fontaine » en clin d’oeil à son passé de théâtre accueille concerts, expositions, lectures, et même une scène ouverte de poésie tous les premiers mercredis du mois. La pizzeria vit aussi au rythme des générations : ce sont désormais les enfants des premiers habitués qui prennent place au comptoir, poursuivant une histoire commencée il y a plus de vingt ans.



Le bar - © Anna Peytavi

Fédérer le quartier    

Longtemps figé dans une autre époque, le bar centenaire de la place Belfort renaît en 2018 sous l’impulsion de deux amis parisiens, Hadid Lahcene et Giuseppe Marino. À Toulouse, le duo a créé un lieu culturel à l’esprit underground avec expos d’artistes et concerts en fin de semaine. L’ancien bar-tabac est devenu un lieu fédérateur qui s’anime au rythme de la vie du quartier. Les habitués se sont appropriés les lieux, au point d’installer eux-mêmes la terrasse à la première heure lorsque le service commence en retard. « Ce bar, c’est le réseau social du quartier, affirme l’un de ses serveurs. Pas besoin de s’appeler, les habitués savent qui sera là et à quelle heure ». L’équipe du bar voit défiler, tout au long de la journée, des profils très différents, reflet de la diversité sociale du quartier. Le slogan qui fait loi, « venez comme vous êtes, repartez comme vous pouvez ». Parce qu’avec la pinte à 4€, la fin de soirée est souvent plus imprévisible que l’ouverture.



7 questions à Clément Riquet, maire du quartier Belfort

Clément Riquet, maire du quartier Belfort - ©DR

Comment décririez-vous le quartier ?

C’est un quartier d’une grande diversité sociale, culturelle et générationnelle. Chacun peut y trouver sa place et se sentir à l’aise.


Quels sont ses points forts ?

Sa diversité, sa localisation et la présence d’un ensemble de structures sociales notamment en faveur de la jeunesse qui font la spécificité du quartier.


Un moment de la journée ?

La fin de journée, vers 19h, au moment où les gens sortent du travail et se retrouvent sur la place Belfort ou dans l’un des nombreux restaurants du quartier.


Un lieu ?

Le bar-café sur la place Belfort qui permet d’animer la place de façon positive. Une institution du quartier.


Une couleur pour définir le quartier ?

Le vert, parce qu’il y a de nombreux habitants qui participent à l’opération Des fleurs sur mon mur, la démarche participative qui invite les Toulousains à s’impliquer dans la végétalisation de la ville.


Des axes d’amélioration ?

Les principales préoccupations concernent la sécurité, le trafic et la prostitution. On fait régulièrement le point avec les habitants et les associations.


Un projet d’avenir ?

Améliorer l’existant, avec notamment la végétalisation de la rue Denfert Rochereau qui est prévue pour l’année 2026 et le réaménagement du jardin du Castelet à l’arrière de l’église.



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