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Quartier : Patte d’Oie

  • Dorian Lacour
  • 5 juin
  • 4 min de lecture

Moins clinquant que son voisin de Saint-Cyprien, Patte d’Oie symbolise le renouveau de la rive gauche. Si la population change, au gré d’un certain embourgeoisement, le quartier profite d’une atmosphère de village, où entraide et entrain sont les maîtres-mots.


Patte d’Oie - © Dorian Lacour
Patte d’Oie - © Dorian Lacour

C’est où ?

Sur la rive gauche de la Garonne, Patte d’Oie est borné par les quartiers de Saint-Cyprien et des Arènes.



Toulouse Pasta Club - ©Dorian Lacour

La main à la pâte

« L’amour des gens, autant que celui de la nourriture. » Ainsi Sophia décrit-elle son Toulouse Pasta Club, ouvert fin 2024 sur l’avenue Étienne-Billières. Dans ce boudoir romain, la pâte est reine, mais pas la seule favorite de la cheffe, ayant perfectionné son art auprès de « passeuses de savoir » de l’autre côté des Alpes. Ici, on réserve par Instagram, en précisant son régime alimentaire, on arrive à 20 h, et on repart une fois le repas - une entrée, deux plats, un dessert - terminé, peu importe l’heure. Tous les jours, les plats sont différents, dans le respect de la saisonnalité des produits. La bonne humeur communicative de Sophia ravit l’esprit. Ses plats se chargent des papilles.



Solidarité Migrants - ©Dorian Lacour

Une asso bien amène

Depuis 2020, Solidarité Migrants Patte d’Oie apporte un soutien sans faille aux personnes réfugiées, demandeuses ou déboutées de l’asile. La structure, laïque, est hébergée dans un bâtiment annexe de l’église du Sacré-Cœur. Un millier d’individus s’y rend chaque année, pour suivre des cours de français langue étrangère (FLE) ou bénéficier de soutien juridique et administratif. Indispensable, alors que « toutes les lois se compliquent pour les demandeurs d’asile », assure Nora Rahal, présidente de l’asso. En outre, chaque semaine, Solidarité Migrants collecte et distribue du linge à « tout le monde », personnes exilées comme précaires. Parce que la solidarité n’a pas de frontières.



La Gougnotte - ©Dorian Lacour

The (safe) place to be       

Sur la rive gauche, les bars ne manquent pas. Entre le fourmillement bobo de Saint-Cyp’ et les troquets populaires de Patte d’Oie, pas facile de se démarquer. C’est le tour de force qu’ont réussi Marion et Constance, co-fondatrices de La Gougnotte, bar queer de l’avenue Étienne-Billières. « Nous voulions créer un lieu utile à la communauté », rembobine Marion, 29 ans. L’endroit est vite devenu incontournable pour les personnes LGBTQIA+, mais aussi pour les riverains et riveraines. Endroit safe, antiraciste, écolo, féministe, et forcément queer, La Gougnotte participe au bouillonnement culturel du quartier tout en s’employant à « rogner sur les marges » pour proposer des produits de qualité, à prix raisonnable. Marion l’admet toutefois : « La culture du squat et du prix libre étant très ancrée dans la communauté, une pinte, même à 6 €, ça fait cher. » Alors, des bières suspendues sont proposées au bar. Manière de permettre même aux plus démunis de prendre part à la fête.



ABC Sculpture - ©Dorian Lacour

Sans langue de bois    

Dans la partie pavillonnaire du quartier, Jean-Paul Mestres et Marie-Ange Pol sont à la tête d’ABC Sculpture, atelier de sculpture sur bois. Le lieu affiche complet, signe que cet art ancestral ne périclite pas. Une trentaine d’élèves s’affairent, au rythme de 3 h par semaine, au travail du tilleul, du noyer, de l’érable, du frêne ou encore du platane. « Nous apprenons une méthode, ce qui compte n’est pas la rapidité, mais la création finale », promet Jean-Paul Mestres. Comme gratification, les œuvres des élèves sont exposées, en fin d’année. L’atelier étant aussi une galerie, il est possible de s’y rendre pour acheter les créations du duo de sculpteurs. « Mais il vaut mieux téléphoner avant de venir », sourit Marie-Ange Pol.



Brochettes - ©Dorian Lacour

Bons plats, petits prix   

Une institution. La famille Bardagi est à la tête des Brochettes, l’un des derniers survivants d’une tradition en déclin : le restaurant ouvrier. Devenue cantine pour les travailleurs du coin, l’établissement des allées Maurice-Sarraut est indissociable d’une salle comble et d’éclats de voix que l’aseptisation des commerces de bouche tend à faire disparaître. Un argument de poids explique le succès des Brochettes : ses prix. « Le midi, on est presque moins chers qu’un menu Maxi Best Of de McDo », assure le chef Yannick Bardagi. Aux Brochettes, une formule complète, avec le vin, c’est 14,90 €. Et c’est bon ! Imbattable.



Imaan’s Bakery - ©Dorian Lacour

Made in Patte d’Oie    

L’histoire commence il y a une quinzaine d’années. Adolescente, Iman Dehar a pour habitude de confectionner des cheesecakes à sa famille. Après un voyage, en 2016, aux États-Unis, elle tombe amoureuse des fameux cookies new-yorkais. Après quelques années d’un boulot « pas vraiment passionnant », elle décide d’ouvrir sa pâtisserie américaine, sobrement appelée Imaan’s Bakery, à deux pas du métro. Depuis, la jeune femme travaille de manière acharnée. Du mercredi au dimanche, celle qui refuse de déléguer prend plaisir à confectionner les gâteaux de ses rêves, en changeant chaque semaine ses propositions. Avec un immuable, le red velvet cake, dont les éclats rouges sont trompeurs puisqu’il s’agit en réalité d’un gâteau à étages au chocolat. Un délice !



5 questions

À Jean-Paul Bouche, maire du quartier

Jean-Paul Bouche, maire du quartier Patte d'Oie - ©DR

Comment décririez-vous le quartier ?

C’est un quartier en pleine évolution. Des résidences évoluent, se construisent, mais la population reste très attachée à la solidarité, peut-être encore plus que dans d’autres parties de la ville. Il y a une vie interne propre à Patte d’Oie.


Quels sont ses points forts ?

C’est un vrai petit village. Il y a une forte activité commerciale et beaucoup de vie, notamment grâce à l’école. Même si on rencontre beaucoup de gens au marché de Saint-Cyprien, le cœur battant du quartier, c’est la place de la Patte d’Oie.


Un lieu ?

L’école maternelle et primaire. Elles ont une double qualité : des enseignants remarquables, et une diversité emblématique du quartier.


Un moment de la journée ?

Le matin où l’on se promène facilement.


Un projet pour l’avenir ?

La piste cyclable de l’avenue de Grande-Bretagne, pour faire la jonction avec La Cartoucherie.


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