Troisième voie
- Oriane Babik
- il y a 28 minutes
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En 2025, plus de 10% des jeunes Français se définissaient comme bisexuels. Pendant un an et demi, Camille Teste a interrogé les clichés autour de cette orientation sexuelle encore méconnue. De passage à la librairie l’Autre Rive fin avril pour présenter son livre Embrasser la bisexualité, on a profité de l’occasion pour tenter de mieux comprendre cette tendance de fond.

D’après une étude de l’Ined publiée en 2023, un jeune sur 10 entre 18 et 30 ans se dit bisexuel. Comment expliquer ce phénomène ?
Tout d’abord, les avancées en termes de droit des personnes LGBTQIA+ font qu’il est plus facile de revendiquer l’appartenance à cette communauté. Ensuite, avec la 4e vague du féminisme, beaucoup de femmes cherchent à sortir de l’hétérosexualité pour se diriger vers la bisexualité. Enfin, la conversation autour de la déconstruction de la binarité, portée notamment par les personnes transgenres et non-binaires, pousse les personnes à se questionner sur leurs attirances.
Diriez-vous que la bisexualité est devenue tendance ?
La bisexualité n’est pas une mode, elle a toujours existé. Mais il est plus facile qu’avant d’assumer sa bisexualité. Tout n’est pas blanc ou noir. On ne doit pas forcément choisir entre homosexualité et hétérosexualité.
Vous insistez pourtant beaucoup sur l’invisibilisation des personnes bisexuelles. Pourquoi ?
Dans la fiction, il existe très peu de personnages bisexuels. Et quand ils ont l’air ou qu’ils le sont, ils ressemblent souvent aux stéréotypes que l’on a des personnes bisexuelles, c’est-à-dire un spectre entre instable et psychopathe, en passant par toutes les couleurs de la duplicité, donc menteur, manipulateur, hypersexuel, volage, etc. Par exemple, dans House of Cards, la série aux États-Unis sur la vie politique à la Maison Blanche, quand on veut montrer que le personnage de Frank Underwood est manipulateur, et duplice, quoi de mieux que de le montrer bisexuel.
Comment définir cette orientation sexuelle d’un point de vue purement factuel ?
Quand le mot bisexualité a commencé à être utilisé pour définir des attirances humaines, amoureuses et sexuelles, on disait que c’était l’attirance pour les deux sexes : masculin et féminin. La grande conversation sur le genre est passée par là et, maintenant, quand on parle de bisexualité, on parle d’une attirance pour plus d’un genre, ce qui permet d’inclure l’idée qu’il y a plein de genres. On sort de la binarité homosexuel/hétérosexuel.
Vous évoquez à de nombreuses reprises la biphobie, cet ensemble de discriminations que subissent les personnes bisexuelles en raison de leur orientation. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Quand on est une personne bi, on n’a pas de maison. On est chez nous ni dans l’hétérosexualité ni dans le monde gay et lesbien. Les femmes bi sont par exemple souvent présentées comme le Cheval de Troie de l’hétérosexualité dans la communauté LGBTQ+. Des femmes ont déjà refusé de relationner avec moi parce que je risquais de les quitter pour un mec. L’un des stéréotypes les plus violents consiste à nous soupçonner d’être des nids à infections sexuellement transmissibles sous prétexte que l’on aurait une sexualité débridée. Ce n’est pas sans conséquence dans la vie de tous les jours.
C’est-à-dire ?
Des gens pensent qu’en tant que personne bi, on est forcément disponible sexuellement, ce qui peut entraîner des agressions, voire des viols. Ces préjugés ont des conséquences sur la santé mentale des personnes bisexuelles : on constate notamment que le taux de dépression et de suicide chez les personnes bisexuelles, mais aussi les addictions à l’alcool et aux drogues, sont beaucoup plus élevés que chez les hétéros ou chez les gays et lesbiennes.
Des motifs d’espoir ?
Oui, parce que je trouve qu’on assiste à un réveil bisexuel. Les réseaux sociaux ont beaucoup aidé en permettant à de plus en plus de personnes bisexuelles de témoigner concrètement de leur quotidien. Des collectifs bi ont émergé ces dernières années dans plein de villes avec une volonté de s’organiser. La communauté bi se construit petit à petit.
Pour finir, est-ce que vous pouvez nous recommander une série avec une bonne représentation de la bisexualité ?
L’un des meilleurs traitements que j’ai vu ces dernières années est la série Hacks. Les personnages bi sont bien traités et les questions de la bisexualité et de la biphobie ne sont pas éludées. C’est vraiment un cas d’école



