Le chercheur : Chasseur d’anomalies
- Valérie RAVINET
- il y a 2 jours
- 2 min de lecture

Professeur des universités et chercheur à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), Guillaume Cabanac est aussi titulaire d’une chaire de l’Institut universitaire de France (IUF) consacrée à la « dépollution de la littérature scientifique ». Ce docteur en informatique a fait de la détection des fraudes dans les publications scientifiques un champ de recherche à part entière, à la croisée de l’informatique, de l’interdisciplinarité et d’une certaine idée du bien commun.
Le monde académique, entre sciences et lettres
Je suis issu d’un milieu qui connaît mal l’université et s’en méfie un peu. À la fin de mes études secondaires, je me suis laissé orienter vers un IUT informatique, une formation plus cadrée, plus rassurante. J’y ai trouvé ma place, puis j’ai poursuivi jusqu’au doctorat. J’ai pourtant longtemps hésité avec des études littéraires et ce tiraillement m’a construit.
L’anomalie comme révélateur
Au départ, je travaillais sur l’évaluation des moteurs de recherche. En examinant de près les outils utilisés pour comparer leurs performances, j’ai repéré un défaut dans la manière de les mesurer. En science, si l’outil de mesure est imparfait, les résultats le sont aussi. C’est pourquoi j’ai proposé un article sur le sujet, qui m’a permis de rencontrer deux chercheurs, les mathématiciens Cyril Labbé et Alexander Magazinov avec lesquels j’ai poursuivi mes recherches.
Le choc des « expressions torturées »
Nos travaux communs nous ont conduits à la découverte de phrases absurdes glissées dans certains articles scientifiques, comme « péril dans la poitrine » à la place de « cancer du sein ». Là, j’ai compris qu’on ne parlait plus seulement d’erreurs, mais d’un système de plagiat organisé par des sociétés, dites paper mills, qui vendent des articles prêts à signer. Cette découverte a changé ma trajectoire de recherche. Elle a aussi montré que la littérature scientifique pouvait, elle aussi, être polluée. Même le Times a signalé le retrait d’un ouvrage frauduleux !
Des outils ouverts pour dépolluer la science
Ce qui m’importe, c’est de mettreà disposition de tous des outils utiles pour une science ouverte et désintéressée. À l’IRIT, nous hébergeons une plateforme publique qui détecte les anomalies dans la littérature scientifique, soit 150 millions d’articles produits à ce jour. Les grands éditeurs comme Elsevier, Springer ou Wiley s’en sont saisis pour renforcer leurs propres filtres. Je travaille également au développement de bibCheck, un outil capable de repérer des références bibliographiques inventées ou hallucinées, phénomène qui s’est développé avec l’usagedes IA génératives.
Une recherche sobre et collective
Je crois à une recherche de niche, utile au plus grand nombre, menée avec des outils sobres. Autour de ces recherches, j’ai réuni un « collège invisible » de bénévoles, chercheurs, retraités ou étudiants, qui échangent sur les cas repérés. Dépolluer la littérature scientifique, c’est protéger les savoirs que nous produisons et éviter quede fausses connaissancesne contaminent la science.



