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Donald Fraty, première année

Dernière mise à jour : 17 janv.

Retraité depuis le 1er janvier 2022, l’ancien DRH d’Airbus France, Donald Fraty, raconte les douze premiers mois de sa nouvelle vie.



Pas besoin de le pousser pour qu’il avoue ne pas se reconnaître dans les revendications actuelles autour de la réforme des retraites. « La notion de plaisir au travail est complètement occultée des débats, qui ont tous tendance à présenter le travail comme une souffrance. Or ce n’est pas vrai pour une bonne partie des gens. » Pour l’ancien directeur des ressources humaines d’Airbus France en tous les cas, c’est sûr : « Je ne m’en cache pas, j’ai adoré mon travail, notamment ces dernières années entre les adaptations au Covid, les opérations de restructuration, de fusion pour créer Airbus Atlantique. C’était très intense. » Alors forcément, les formules d’usage qui accompagnent tout départ en retraite, très peu pour lui : « Les gens m’ont dit : “ Tu vas pouvoir t’occuper de toi, être heureux, vivre.” Comme si je n’avais pas vécu pendant les 40 années précédentes ! Mais j’ai vécu et j’ai été heureux ! » Aurait-il aimé prolonger l’aventure quelques années supplémentaires ? Difficile à dire tant l’homme manie la nuance : « J’aurais pu continuer, je ne me sentais pas fatigué. Mais il y a eu une conjonction de facteurs : j’avais 65 ans, mon successeur était prêt à prendre la relève, j’avais mes trimestres… »


Peur du vide


Tout au plus consent-il à reconnaître que la perspective de la retraite, « qu’il n’avait absolument pas anticipé » et qu’il aurait pu prendre dès 62 ans, ayant commencé à travailler très tôt, lui faisait un peu peur : « C’est probablement dû au trop plein de ma vie active, avec des semaines à 60-70 heures. En comparaison, j’avais peur du vide. »


L’atterrissage s’opère pourtant tout en douceur. « Je peux même dire que j’ai passé un premier semestre formidable ! Au début, c’était tout nouveau, j’en ai profité pour faire des choses que je n’avais jamais fait, comme amener mes enfants aux sports d’hiver, circuler un petit peu en France. Je me suis aussi offert une jaguar car j’avais jusqu’alors toujours eu des voitures de fonction. »


Donald Fraty répare sa voiture avec son fils
Photo : Orane Benoit

Au menu (copieux) de cette nouvelle vie, du consulting auprès de petites entreprises « Je considère que l’activité professionnelle est épanouissante et que mes capacités n’ont pas diminué le jour où je suis parti à la retraite », des activités citoyennes comme l’accompagnement d’une gradée dans sa prise de poste au sein de la Gendarmerie, du bénévolat au sein d’une asso Expert Connect, « qui fait bosser des retraités en utilisant leur expertise ». Mais aussi du temps consacré aux activités de la maison dans « laquelle je ne m’étais jamais investi en 40 ans ». Et bien sûr des loisirs : golf, piano, russe « Je voulais apprendre une langue étrangère exotique », retape de vieilles malles, mécanique avec son fils, n’en jetez-plus !


Sinon qu’au bout d’un semestre, les premières questions font leur apparition. Et le plaisir de ne plus avoir à se lever à 6h30 et d’enchaîner les déplacements éprouvants finit par laisser place aux premiers doutes : « Aussi parce que l’activité professionnelle s’est un peu tassée, que le téléphone s’est mis à ne plus sonner. C’est perturbant, comme tout changement.  » Ses anciens collègues ? L’homme ne les voit plus, à part ceux qu’il considère comme ses amis : « Je suis passé à autre chose. Je me suis mis en retrait de mon ancienne vie. On ne peut pas être et avoir été ».


De son ancienne vie, Donald Fraty reconnaît regretter le cadre : « Quand on est salarié, la vie est définie par l’environnement dans lequel tu baignes, les clients, les collègues, le patron, les rendez-vous. Finalement, tu ne la maîtrises pas, tu es dans le train qui avance. Arrivé à la retraite, c’est à toi de définir le cadre. C’est une véritable rupture. » À la question « À quoi sert la retraite ? », l’homme, qui est également administrateur d’une caisse de retraite, reconnaît ne pas avoir trouvé la réponse immédiatement. À se reposer ? « Pour certains, sans doute. Mais pas pour moi. » Aux loisirs ? « Je sais qu’une pure retraite de loisirs ne me conviendra pas. Me dire que les 20 prochaines années seront consacrées aux loisirs m’est insupportable. Tu ne fais pas une vie autour de ça. La retraite n’a aucun sens si l’on n’en fait rien. »


Mentorat


Le sens à sa retraite, il va finir par le trouver dans la transmission. Et dans le rôle social qu’il entend jouer dans la collectivité et que la société ne reconnaît pas aux seniors : « Sociologiquement, on a tendance à considérer que l’on est vieux quand on part à la retraite. C’est faux. Je n’ai pas senti une diminution de mes capacités. Je veux essayer de restituer tout ce que la vie et la société m’a donné. Je crois profondément à la notion de mentorat. Il y a tout un tas de jeunes qui sont paumés et qui peuvent être aidés par les anciens. » Conscient que la retraite est une phase de transition qui nécessite de « s’accoutumer à un nouveau rythme de vie, de nouveaux repères, à la transformation de son rôle principal et des rôles secondaires », Donald Fraty se dit désormais plus serein. « Cela ne pouvait pas durer. L’absence de cadre était un peu angoissante. Les 6 premiers mois ont été un peu trop “Champagne” pour moi. Maintenant, je sais davantage où je vais. »


Donald Fraty assis à son bureau
Photo : Orane Benoit

La retraite : un Eldorado ? 

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