top of page

Grands séniors

Dernière mise à jour : 22 févr.

À l’âge où l’on se sent inutile, usé, juste bon à quémander des bilans de compétences ou à faire valoir ses droits à la retraite, ces héros locaux ont renversé la table, inventé, reçu de grandes récompenses, dit « non » ou écrit des chefs-d’oeuvres. Nous en avons gardé cinq, mais les exemples pullulent pour peu qu’on veuille les voir.


Pierre-Paul Riquet 1609 – 1680

Il a bâti le Canal du Midi à l’âge où nous prenons la retraite. Banquier et prêteur dans ses jeunes années, Riquet n’a même pas 50 ans lorsque lui vient l’idée de relier Atlantique et Méditerranée par le truchement d’un canal à écluses. Le temps de réunir la somme nécessaire et de convaincre Colbert puis le roi de France lui-même, il assiste au premier coup de pioche en 1667, à 56 ans. Jusqu’à sa mort, il ne lâchera rien, bataillant pour trouver l’énergie, la main d’œuvre et les subsides indispensables à la réalisation de son grand œuvre. À 71 ans, malade et affaibli, il fait percer le tunnel du Malpas en secret contre l’avis de Colbert et de l’architecte de Louis XIV, qui craignent que cet ouvrage creusé dans la colline friable d’Enserune ne s’effondre. Ce coup de poker gagnant est le dernier de Riquet, qui s’éteint jeune septuagénaire à Toulouse à l’automne 1680.


Paul Sabatier 1854 – 1941

Il fut Prix Nobel à 58 ans, Médaille Franklin à 79 ans. Bien sûr, avant de devenir un vieux génial, Paul Sabatier fut un jeune doué. Élève à Fermat, il entre à Normale Sup à 18 ans et occupe à 30 ans la chaire de chimie générale de l’Université de Toulouse. Il reçoit le Prix Nobel de Chimie à 58 ans en 1912, succédant ainsi à Marie Curie. Pionnier de la chimie moderne, il poursuit longtemps ses travaux et reçoit la prestigieuse médaille américaine Franklin à 79 ans, qui récompense au nom du souvenir de Benjamin Franklin les découvertes qui font avancer l’humanité. Si les Toulousains aiment tant raviver son souvenir, c’est qu’il est resté farouchement attaché à sa région natale, et a toujours refusé les avancements qui supposaient qu’il quitte Toulouse.


Claude Nougaro 1929 – 2004

Il a écrit son meilleur album à 70 ans. Claude Nougaro était de ces artistes-phénix capables de s’ouvrir des années de popularité après de longues traversées du désert. En 1987 déjà, après quelques disques que certains ont dit mal compris et d’autres mal foutus, il avait retrouvé le Top 50 avec Nougayork, album écrit et produit à New York auprès de la fine fleur de la pop internationale. Mais c’est pile dix ans plus tard, après une longue tournée, un album écrit sur la côte Ouest des USA (Pacifique – 1989), un beau Chansongs (1993) et une opération du cœur (1995), qu’il écrit sans doute son plus bel album : L’Enfant Phare. Il a alors 68 ans, et retournant discrètement au jazz, à des thèmes plus simples dans les textes, il semble plus lui-même que jamais dans ces chansons qui célèbrent sa passion toute neuve pour l’Aude et les Corbières.


Cardinal Saliège 1870 -1956

Il fut à 72 ans le premier haut dignitaire ecclésiastique à dénoncer la déportation des juifs. Jules Saliège est né en 1870 dans une famille paysanne du Cantal. Ordonné prêtre à 25 ans, il participe à la Grande Guerre comme infirmier (comme Hemingway) puis comme aumônier. Il s’installe à Toulouse à l’âge de 58 ans pour y exercer la fonction d’archevêque. Les Toulousains découvrent sa personnalité hors du commun et son aversion pour les totalitarismes. Dès 1933, dans un discours resté célèbre, il s’insurge dans une réunion au théâtre du Capitole contre l’antisémitisme hitlérien. Il accueille en 1936 des réfugiés espagnols au sein de l’Institut catholique, des Polonais en 1939, puis en 1941 des étudiants et intellectuels juifs mis au ban de la société française par Vichy. En août 42, à 72 ans, il demande que lecture publique soit faite dans son diocèse d’une lettre dans laquelle il rappelle aux chrétiens que les juifs sont leurs frères. Le texte a beau subir la censure, il circule dans les églises sous le manteau, et sa lecture est diffusée par la BBC. Le cardinal Saliège passe à deux doigts de l’arrestation par la Gestapo en juin 1944. À, 74 ans, il est célébré à la Libération comme le premier résistant toulousain, et reconnu par de Gaulle Compagnon de la Libération.


Marie-Louise Dissard 1881 – 1957

Sexagénaire, elle a convoyé des pilotes anglais et des Résistants à travers les cols pyrénéens. Couturière au 40 rue de la Pomme, Marie Dissard ne vendait pas que des boutons. Sa boutique était le centre de transit et de commandement du plus grand réseau d’évasion par les Pyrénées : le réseau Françoise (de son nom de Résistante). Riche de 211 membres, l’organisation permit la fuite en Espagne de 700 pilotes alliés et Résistants. À plus de 60 ans, Marie-Louise Dissard convoyait elle-même certains combattants jusqu’en Espagne, franchissant à pied les cols pyrénéens. Célébrée par le général de Gaulle à la Libération, cette grande figure de la ville fut l’une des rares femmes à diriger seule un réseau de ce type, et fut la Française la plus décorée par les Alliés pour faits de Résistance. Avant sa disparition à la fin des années 1950 à l’âge de 76 ans, elle aura le temps de faire avancer la cause des femmes en initiant la création d’un centre d’apprentissage féminin route d’Espagne (l’actuel lycée Françoise reconstruit à Tournefeuille après l’explosion de l’usine AZF).

bottom of page