Le chercheur : des capteurs pour renouer avec le vivant
- Valérie RAVINET
- il y a 2 jours
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Enseignant-chercheur au Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE), Arnaud Elger étudie les milieux aquatiques et leurs fragilités.Il développe des outils pour mieux les comprendre et défend une recherche connectée aux territoires et aux citoyens.

Une vocation née au grand air
Je suis écologue. Mon histoire avec la biodiversité commence très tôt, dans un petit village alsacien du piémont vosgien. Enfant, je parcourais les prairies et les bois autour de chez moi. Le mot biodiversité n’était pas encore aussi présent qu’aujourd’hui, mais l’intérêt était déjà là. Après des études à Besançon et à Lyon en analyse et modélisation des systèmes biologiques, j’ai travaillé sur la végétation aquatique. Très vite, je me suis intéressé à l’eutrophisation, aux micropolluants, notamment aux pesticides, et plus largement à l’écotoxicologie.
Des milieux aquatiques aux objets connectés
Aujourd’hui, mes recherches portent aussi sur les outils qui permettent de mieux suivre l’environnement, comme des capteurs in situ, des objets connectés, de la télédétection et modélisation des données. Dans d’autres domaines comme la médecine ou le marketing, la massification des données permet de repérer des tendances et des signaux faibles. L’environnement n’échappe pas à cette règle. Pour comprendre les milieux, il faut parfois pouvoir observer plus souvent et plus finement.
Montrer ce que l’on ne voit pas
Utiliser la technologie ne doit pas nous déconnecter de la nature. Au contraire, les capteurs peuvent devenir des outils de reconnexion. Avec quelques collègues, nous explorons par exemple leur intérêt auprès des jeunes publics ; un piège photo près d’un collège ou d’un lycée peut révéler une biodiversité ordinaire que l’on ne voit jamais, parce qu’elle se manifeste à d’autres heures ou autrement que par nos sens habituels. On sait que le lien à la nature est très fort chez les enfants, puis chute à l’adolescence. Or, cette connexion influence ensuite les comportements sur les questions environnementales, de manière individuelle ou collective. Il est essentiel de la maintenir.
Des données pour parler aux territoires
Je crois beaucoup à cette capacité des données à rendre visible. Des capteurs de turbidité dans un cours d’eau, associés aux mesures de débit, permettent d’estimer les quantités de sol emportées par l’érosion. À l’échelle d’un bassin versant, on peut relier ces pertes à certaines pratiques agricoles comme les couverts végétaux. La science devient concrète lorsqu’elle parle d’un territoire que les habitants connaissent.
Construire des ponts
Je défends une recherche interdisciplinaire et transdisciplinaire : il ne s’agit pas seulement de faire dialoguer les disciplines, mais de créer des ponts entre chercheurs, acteurs territoriaux et société. Ce qui me guide, c’est l’envie de créer du lien entre les étudiants, les acteurs de l’environnement et les territoires, et surtout de raccourcir le temps entre l’acquisition des connaissances fondamentales et leurs applications. Face à l’urgence écologique, nous ne pouvons pas attendre quarante ans pour que les savoirs irriguent l’action.



