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Le Chercheur : La Garonne à livre ouvert

Valérie RAVINET
il y a 27 minutes
2 min de lecture

Géographe à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, Philippe Valette explore les paysages et leur géohistoire. Son terrain de prédilection ? La Garonne, témoin de siècles d’aménagements et de notre relation contrariée à l’eau.


Philippe Valette - ©Valentine Chapuis

Un atlas et une vocation

À douze ans, mon premier achat est un atlas. Je le conserve toujours sur mon bureau. J’aimais voyager à travers les cartes, comprendre ce qui m’entourait. J’ai choisi la géographie par curiosité et découvert une discipline passionnante, qui se nourrit d’histoire, de sociologie ou des sciences de l’environnement pour offrir une vision globale des territoires. Je me suis progressivement spécialisé dans l’étude des paysages, avec cette envie de comprendre ce qu’ils racontent de notre monde.


Les paysages ont de la mémoire

J’ai consacré ma thèse à l’étude des métamorphoses de la Garonne. Car pour comprendre un paysage, il faut remonter le temps. C’est tout l’intérêt de la géohistoire, une approche que je développe aujourd’hui avec mes collègues. Cartes anciennes, textes, photographies, sédiments : nous croisons les archives pour retracer les transformations des fleuves, des montagnes ou des zones humides. Cette lecture du passé permet de comprendre les paysages actuels et d’esquisser des scénarios pour l’avenir. Non pour prédire ce qui adviendra, mais pour éclairer les choix des décideurs.


Le mythe du fleuve sauvage

On imagine volontiers la Garonne comme un fleuve sauvage. C’est une illusion ! Son histoire révèle au contraire des siècles d’interventions humaines. Endiguée, aménagée, exploitée, elle a profondément changé de visage. Son lit s’est enfoncé sous l’effet des activités humaines qui perturbent son fonctionnement écologique.


Trop d’eau, ou pas assez

Notre rapport à la Garonne est paradoxal. Nous redoutons ses crues, tout en dépendant de son eau pour boire, irriguer ou produire. Nous exploitons aussi ses granulats et ses terres riveraines, comme si ses ressources étaient inépuisables. Or, le changement climatique va accentuer les tensions. Les périodes de manque d’eau risquent de s’aggraver, sans faire disparaître les inondations. Et après chaque crue, les déchets et les plastiques abandonnés sur les berges témoignent de notre rapport au fleuve. Nous devons interroger nos pratiques : la Garonne raconte notre société autant que ses paysages.


Restaurer sans revenir en arrière

Peut-on rendre à la Garonne son état naturel ? Pour moi, cet état d’origine n’existe plus. Un fleuve évolue sans cesse. Restaurer ne signifie donc pas retrouver un passé idéalisé, mais améliorer son fonctionnement écologique. Faut-il lui redonner de l’espace, quitte à renoncer à certaines terres agricoles ? Ce sont des choix collectifs, qui dépassent le seul champ scientifique. Mon rôle est d’apporter des connaissances pour éclairer ces décisions. C’est bien là que la recherche prend tout son sens.

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