La chercheuse : la nuit, les femmes et la cité
Historienne médiéviste, rattachée au laboratoire France, Amérique, Espagne, Sociétés, Pouvoirs, Acteurs (Framespa) de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, Agathe Roby explore la Ville rose du Moyen Âge à partir de ses marges, de ses nuits et de ses rapports de pouvoir. Spécialiste de l’histoire des femmes, du genre et de la ville, elle interroge la prostitution, les normes sociales et les formes de surveillance urbaine.

Le déclic de l’histoire
Je ne suis pas arrivée à l’Histoire par un chemin tout tracé. J’ai commencé des études de droit, avec l’idée de devenir journaliste, puis j’ai rejoint l’Université Toulouse-Le Mirail en histoire. En master, j’ai découvert un sujet consacré à la prostitution à la fin du Moyen Âge. Il pouvait sembler marginal, presque anecdotique, mais s’est révélé être une porte d’entrée pour comprendre la société, la place des femmes, l’organisation de la ville, l’exercice du pouvoir et les mécanismes de domination masculine. À la fin du Moyen Âge, les catégories ne correspondent pas exactement aux nôtres. On parle de femmes de « bonne vie » ou de « mauvaise vie ». Ces réputations engagent des droits, des interdits, des manières de circuler, de se vêtir, d’être vues ou tenues à distance.
Toulouse comme territoire d’enquête
Je travaille beaucoup sur Toulouse, qui est à la fois ma ville natale et mon terrain de recherche. J’y suis profondément attachée. J’ai participé à l’ouvrage « Histoire de Toulouse et de la métropole » paru aux éditions Privat en 2024, pour une partie consacrée au Moyen Âge. Aujourd’hui, je poursuis cette réflexion à travers un autre objet, la nuit toulousaine. Je m’appuie sur des archives de rondes de guet, ces groupes chargés de parcourir la ville afin d’en surveiller les désordres. La nuit permet de regarder la cité à travers ses tensions, ses sociabilités et ses transgressions.
Transmettre largement
La transmission occupe une place centrale dans mon travail, en trouvant les formes justes pour partager des savoirs sans les déformer. Cette exigence traverse aussi les formations que j’anime pour l’École des Docteurs de Toulouse sur l’éthique, l’intégrité scientifique et les méthodes de la recherche. Il s’agit, là encore, de transmettre des outils : apprendre à produire un savoir rigoureux, à situer sa parole, à reconnaître ses biais, à respecter la complexité des sources. Si les historiennes et les historiens ne prennent pas leur part dans cette diffusion, d’autres racontent l’histoire à leur place, parfois sans méthode ni prudence.
Historienne engagée
Je partage ma vie entre la recherche, l’enseignement et la politique (2e sur la liste Demain Toulouse aux dernières élections municipales, NDLR). Mon engagement s’est affirmé après ma thèse, mais aussi avec la naissance de mon fils. J’ai éprouvé le besoin de prendre ma part face aux inégalités sociales, au réchauffement climatique, au monde que nous léguons à celles et ceux qui viennent après nous. Je veille toujours à distinguer mes positions de chercheuse et de citoyenne, mais je ne crois pas à l’image d’une historienne enfermée dans sa tour d’ivoire. L’histoire aide aussi à comprendre le présent et à en déplier les logiques avec rigueur.



