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Marie Amali : Comme personne

Dernière mise à jour : 12 janv.

Avec un style bien à elle et des chansons pour tous, Marie Amali s’est forgée en trois ans une solide réputation sur la scène locale. Le 22 avril, l’auteure-compositrice-interprète toulousaine se produira sur la scène du Printemps de Bourges dans la sélection des Inouïs, tremplin prestigieux qui a révélé Thylacine, Feu! Chatterton et Christine and the Queens. 



Bien sûr le printemps était plein de promesses. C’était la fin du pass, du masque et des menaces, et le public surjouait peut-être un peu son bonheur d’être là. Les présents n’en ont pas moins assisté à un phénomène rare, ce 11 mai 2022 au Florida, à Agen, quelques secondes avant le début du concert de Feu! Chatterton. La foule, qui d’habitude fait peu de cas de ce qui se trame sur scène avant l’arrivée des têtes d’affiche, s’est cette fois emballée pour les artistes de la première partie : une Toulousaine inconnue au bataillon, Marie Amali, accompagnée par un certain Mathieu Laciak.


Trois minutes d’applaudissements à tout rompre qui ont marqué Julie Luga, directrice de l’agence de développement culturel Bajo el Mar, et manageuse de l’Amali en question : « En vingt ans de carrière dans la musique, je n’avais jamais vu ça… », s’émeut-elle encore un an après. La première fois que Julie Luga a entendu Marie Amali, c’était avec son équipe en quête de talents émergents, lors d’un tremplin musical étudiant du Crous : « On est tombés amoureux de sa finesse d’écriture, de sa musicalité, de sa mélancolie, de sa voix puissante. Elle est jeune mais parle à tout le monde. Elle est l’époque mais fait remonter chez ceux qui l’écoutent une mémoire de la chanson française ancrée en chacun de nous. »


On ne répètera pas cet éloge à l’intéressée, déjà suffisamment gênée qu’on s’intéresse à elle. On la retrouve place de la Patte-d’Oie, dans ce quartier panaché où elle vit et aime traîner. Depuis la terrasse du bistrot, le temps de la conversation, on verra défiler le cortège habituel de ce coin de rive gauche, ces mémés à cabas, ces vélos-cargos chargés de marmaille, ces camés titubants et ces collégiens qui ploient sous le joug des Eastpak.


Carcan, vitraux, Bijou


Marie Amali raconte sa naissance à Toulouse, son enfance montalbanaise, ses parents qui l’inscrivent au conservatoire pour satisfaire son envie de piano : « Ils étaient mélomanes mais pas musiciens. C’est chez ma grand-mère, qui a largement contribué à ma culture musicale, que j’ai touché un piano pour la première fois. Dès que j’ai posé les doigts dessus, ça m’a parlé direct. » Si le piano la passionne, elle goûte moyen le carcan du conservatoire, sa rigidité, sa manie du solfège et ses dictées musicales. Elle pense abandonner plus d’une fois, mais ses parents tiennent bon. Elle ne quittera le conservatoire qu’à 17 ans.


C’est finalement l’option musique du lycée Saint-Sernin qui libère ses désirs d’écriture et de composition « On profite là-bas d’une véritable écoute et de cours théoriques approfondis. C’est en écoutant mon prof parler que l’idée de vivre de la musique m’est apparue envisageable. Jusqu’alors je n’avais pas imaginé qu’écrire et chanter soit un métier. »


Elle écrit aussi des textes, sans destination. Des poèmes qu’elle fait parfois lire autour d’elle sans imaginer les mettre en musique. Le prolongement naturel de son goût pour la lecture : « J’ai toujours eu de l’appétit pour la littérature. J’ai toujours aimé lire et réfléchir à un ailleurs. J’ai beaucoup lu dans mon enfance. J’ai adoré ça. Jusqu’à la prépa, où on lit trop. J’en ai eu marre. Depuis, j’ai surtout envie d’écrire et de créer. »


Les années de lycée et de prépa littéraire à Saint-Sernin lui suffisent à s’éprendre définitivement de Toulouse, bercée par une bande son locale débridée qui mêle Gold, Art Mengo et Zebda. Elle renoue sur place avec les racines familiales dominées par la figure du grand-père, le peintre-verrier Henri Guérin. Ce dernier, fameux pour ses vitraux qu’on admire encore à Toulouse, au Japon, à Paris, Genève ou Chartres, était un intime de Nougaro. Leur relation s’était nouée autour de la foi et du sacré. Amitié qui fut l’objet de quelques études et écrits, et même d’une conférence-spectacle.


Si elle n’a pas connu cette époque, Marie Amali semble placée sous une bonne étoile nougaresque. En 2019, elle participe au prix d’écriture Claude Nougaro : « Je m’étais inscrite sans trop y croire en cliquant sur une pub Instagram. C’était la première fois que je mettais sérieusement l’écriture et la composition au service d’un projet. » Bien lui en a pris : elle reçoit le premier prix de la catégorie chanson, et bénéficie dans la foulée d’un accompagnement artistique dispensé par Emma et Pascal Chauvet du Bijou. C’est le temps des premiers enregistrements, des premières sessions de travail, et des premières confrontations véritables avec le public.


Marie Amali, photo Rémi Benoit
Marie Amali, photo Rémi Benoit

Ulm, Yseult, Bourges


Quand l’accompagnement prend fin en février 2020, elle habite Paris depuis septembre. Elle étudie la musicologie à l’ENS, rue d’Ulm : « J’aurais pu faire un master à Toulouse, mais comme beaucoup de mes amis montaient à Paris, j’ai voulu essayer moi aussi. C’est un peu naïf, je sais bien, mais c’était une bonne expérience. » La suite, on la connaît : grèves, covid et confinements : « Paris dans ce contexte, ça m’a bien refroidie. L’ambiance de l’ENS et les allers-retours avec Toulouse en plein covid m’ont laissé un goût d’inachevé. » Elle valide tout de même un mémoire au sujet inattendu, explorant les moyens mis en œuvre par Vladimir Cosma pour servir le propos humoristique des réalisateurs pour lesquels il composait.


Au cours de cette période, un soir de retour à Toulouse, quelques pas sur le pont Saint-Pierre suffiront à faire naître des certitudes et une chanson : « Je venais de l’aéroport. J’ai marché dans Toulouse, dans cette ambiance de fin de covid et de retour à la vie. C’était calme. C’était beau. Il faisait doux. On était bien. J’ai pensé “OK, c’est là”… En rentrant, j’ai écrit Septembre dans ma ville. » Cette chanson, qui semble commencer là où Toulouse de Nougaro s’achève, sort en septembre 2022. Elle affirme une veine mélancolique qui cache mal une envie de pop qui bout : « Moi, je veux faire de la pop. Bien sûr j’aime Nougaro, Cabrel et Bashung, mais j’aime aussi la variété à l’ancienne un peu kitsch de Dassin ou Dalida. Je m’inscris dans une certaine tradition de la chanson française, mais le rap est passé par là, et avec lui des sonorités, des flows, des rythmiques différentes. Il a redessiné la chanson et donné naissance à des artistes comme Yseult, qui m’inspire beaucoup. »


Tout cela se ressent dans le désordre à l’écoute de ses titres. On y respire l’époque, hors ses tics, ses manies et ses postures, et l’on entend des airs neufs qui paraissent familiers. C’est sans doute ce qui a séduit le jury des Inouïs du Printemps de Bourges, qui sélectionne chaque année les talents de demain dans les régions de France, pour leur ouvrir la scène du festival : « Dans la première étape, celle des écoutes, Marie est passée à l’unanimité, rapporte Julie Luga. Et lors de la prestation live au Metronum au mois de février, elle a ensorcelé tout le monde. Elle a déjà une vraie reconnaissance du milieu professionnel d’Occitanie. »


Le 22 avril, la Toulousaine foulera donc la mythique scène berrichonne devant un public averti et un parterre de professionnels. Beaucoup en trembleraient, mais pas elle, heureuse déjà de vivre son rêve : « Pour moi qui ai toujours vécu dans des cadres, celui des études comme celui du conservatoire, faire de la musique est déjà une chance et une liberté inespérées. » Julie Luga, qui parie sur sa singularité, n’est pas inquiète non plus : « Elle a tout pour que ça marche à fond : le talent à part d’une fille comme tout le monde, qui écrit, chante et compose comme personne. »

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